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OGM en agriculture: Une coexistence est-elle possible en Suisse?
Serait-ce possible de cultiver des plantes OGM en Suisse, sans qu'elles influencent les méthodes de culture établies et la production exempte d'OGM? En d'autres termes: pourrait-on envisager une coexistence? Deux récentes études suisses présentent des résultats différents. L'une d'entre elles a été effectuée à l'Institut de recherche de l'agriculture biologique (FiBL) basé à Frick. L'autre, plus récente, a été réalisée par la Station fédérale de recherches en agroécologie et agriculture, Agroscope FAL Reckenholz.
Les études se ressemblent à première vue: toutes deux sont le résultat de travaux scientifiques sérieux. Elle comprennent environ cent pages avec de nombreuses illustrations, un traitement des données géographiques à l'aide de cartes, une discussion objective des résultats et une indication précise des sources littéraires. L'étude du FiBL en conclut que "l'agriculture à petite échelle, comme nous la connaissons en Suisse, ne se prête pas à la coexistence. Pour le colza, le maïs et le tournesol, une coexistence n'est pas possible, pour d'autres plantes elle reste problématique". L'étude de la FAL, par contre, arrive à un tout autre résultat: "La coexistence est possible pour le maïs, le colza et le blé".
Pouquoi les résultats de deux études similaires divergent-ils si fortement? En lisant les détails des deux études, il est vite clair qu'elles ne sont pas basées sur les mêmes données. Ainsi, l'étude du FiBL se réfère à une distance minimum de 1500 m entre les cultures OGM et non-OGM, tandis que l'étude de la FAL se base sur une distance de 25 m (maïs d'ensilage) et de 50 m (maïs-grain). Les résultats d'autres plantes examinées divergeaient de la même manière. Cela s'explique en partie par des données sur le vol de pollen plus anciennes, utilisées par le FiBL, alors que la FAL s'est basée sur des résultats plus récents. Mais la raison principale est le taux de croisement toléré. Le FiBL se réfère à un taux de 0,1% conseillé par BIO SUISSE. La FAL, de son côté, à un taux de 0,5% - ce qui est nettement inférieur au seuil de tolérance de 0,9% prescrit par la loi.
Si les buts visés sont différents, il est évident que les résultats le sont aussi. Plus le seuil de tolérance est bas, plus les démarches nécessaires pour éviter les croisements augmentent. Les résultats des études reflètent donc deux points de vue différents: L'étude du FiBL s'oriente sur les normes de l'agriculture biologique qui refuse la culture de plantes OGM, l'étude FAL se base sur les valeurs fixées par la loi.
Sources: Olivier Sanvido et al. 2005, "Koexistenz einer Landwirtschaft mit und ohne Gentechnik", AgrarForschung 12:140-145; Olivier Sanvido et al. 2005 "Koexistenz verschiedener landwirtschaftlicher Anbausysteme mit und ohne Gentechnik"; Les cahiers de la FAL Reckenholz, No 55; Christian Schlatter et Bernadette Oehen 2004, "Gentechnik in der Landwirtschaft? Räumliche Aspekte der Koexistenz in der Schweiz", Etude du FiBL pour le WWF Suisse.
Coexistence entre cultures de maïs OGM et non-OGM: Mise en pratique des résultats de la culture expérimentale allemande
Alors que la coexistence fait encore l'objet de nombreux débats en Suisse, les pays voisins acquièrent déjà de l'expérience pratique. En Allemagne, une culture expérimentale à grande échelle a été lancée en 2004 dans sept Bundeslander sur 28 sites. L'objectif était de cultiver du maïs Bt résistant aux insectes et d'observer, à l'aide de méthodes de détection sensibles, le vol de pollen et la transmission des propriétés du maïs OGM sur les cultures de maïs avoisinantes.
Les résultats pour le maïs d'ensilage ont été publiés l'année dernière. Ceux pour le maïs d'ensilage et le maïs-grain viennent d'être publiés dans la revue spécialisée "MAIS - Die Fachzeitschrift für den Maisanbauer". Sur une bande de 10 mètres à proximité directe du champ d'OGM, la part de maïs génétiquement modifié ne correspondait qu'à un centième de la récolte. A partir d'une distance de 20 mètres, la part de maïs OGM n'était plus que de 0,3% - ce qui est largement en dessous du 0,9% toléré dans l'UE et en Suisse. Les auteurs de cette étude en concluent qu'une distance de 20 mètres entre le maïs OGM et non-OGM suffit pour garder le taux de contamination en dessous du 0,9% réglementaire. Sur de grandes cultures, on pourrait même renoncer à une bande de séparation, grâce au mélange des grains après la récolte.
En se basant sur ces expériences, le producteur de semences Monsanto a défini des mesures obligatoires pour cultiver du maïs Bt de façon responsable. Monsanto prévoit par exemple une bande de maïs conventionnel de 20 mètres autour du maïs OGM; ce maïs serait mélangé au maïs génétiquement modifié après la récolte. De plus, la surface cultivée en maïs conventionnel doit atteindre au moins 20% de la surface d'OGM, afin de créer un refuge pour les insectes et d'éviter qu'ils acquièrent une résistance aux plantes transgéniques. D'autres réglementations concernent le semis, la récolte, le transport et le stockage; le tout pour éviter des mélanges indésirables.
Sources: W. E. Weber et al. 2005, "Koexistenz von gentechnisch verändertem und konventionellem Mais", MAIS Die Fachzeitschrift für den Maisanbauer, Ausgaben 1+2/2005; www.erprobungsanbau.de; "Monsanto legt Regeln für den Anbau von gentechnisch verändertem Mais fest: Gute fachliche Praxis ermöglicht Koexistenz", Communiqué de presse de Monsanto 21. 4. 2005 "Gute fachliche Praxis bei der Erzeugung von insektenresistentem Bt-Mais", Monsanto Deutschland, www.monsanto.de.
Aliments génétiquement modifiés: Nouveau registre pour les produits autorisés dans l'UE
Ces dernières années, l'UE a autorisé la vente de nombreuses denrées alimentaires et d'aliments pour animaux à base d'OGM. Mi-avril, la Commission européenne a publié sur internet une nouvelle liste des produits OGM sur le marché, afin que toute personne intéressée puisse s'informer. On y trouve tous les produits de base autorisés ainsi que leur description, leur producteur et des informations techniques détaillées, tout comme la méthode de détection. Dans cette liste figurent pour l'instant 14 variétés de maïs, 6 variétés de colza, 5 variétés de coton et une variété de soja ainsi que 2 produits à base de microorganismes.
Ce registre se réfère uniquement à des produits autorisés pour la vente - seuls quelques-uns de ces produits sont aussi autorisés pour la culture dans l'UE.
Source: "Notification of existing products or authorised food and feed , entered in the Community Register of GM food and feed", Website der Europäischen Kommission Abteilung Gesundheits- und Verbraucherschutz
Coton Bt en Afrique du Sud: Toutes les parties concernées en profitent
Le coton Bt résistant aux insectes est cultivé en Afrique du Sud depuis 1997. Il a vite été adopté par les petits paysans et par les grands producteurs, car ils obtiennent un rendement plus élevé. Les paysans peuvent en même temps réduire fortement la quantité d'insecticides utilisés et économiser de l'argent.
Une étude agro-économique a cherché à savoir qui profite financièrement des semences génétiquement modifiées. Etant donné que ces semences sont distribuées par une seule entreprise, la concurrence ne joue aucun rôle dans ce cas précis - l'entreprise est libre de choisir ses prix. Des données ont été rassemblées aussi bien chez des petits paysans à faibles ressources que chez des grands producteurs plus aisés, en incluant différentes méthodes de culture.
Dans le cas de l'Afrique du Sud, le producteur de semences ne recoit que quelques pour cent de la valeur ajoutée. Les petits paysans en obtiennent 69% et l'entriprise Monsanto en garde 28% sous forme de taxes pour le developpement de la technologie Bt. Les grands producteurs gardent entre 45% et 79% de la valeur ajoutée, selon la méthode de culture utilisée. Dans tous les cas, la valeur ajoutée revient en grande partie aux paysans. La taxe pour la technologie est fixée de manière à ce que la culture de plantes biotechnologiques reste intéressante pour les paysans du point de vue économique.
Les perdants sont les producteurs d'insecticides: les auteurs de cette étude estiment à 2 millions de rands les pertes dues aux cultures de coton Bt pendant la saison 2000/2001.
Source: Marnus Gouse et al 2004, "The Distribution of Benefits from Bt Cotton Adoption in South Africa", AgBioForum 7:187-194 (www.agbioforum.org).
Initiative "Stop OGM": Les chercheurs sont préoccupés par le moratoire
Die Volksinitiative für Lebensmittel aus gentechnikfreier Landwirtschaft (Gentechfrei-Initiative) strebt ein fünf-jähriges Verbot für die kommerzielle Nutzung der Gentechnik in der Schweizer Landwirtschaft an.
Die Schweizerische Akademie der Naturwissenschaften SCNAT, ein Netzwerk von 35.000 NaturwissenschaftlerInnen aller Disziplinen, hat sich nun mit den möglichen Folgen eines Moratoriums beschäftigt. Das "Forum Genforschung", ein Expertenkomitee der SCNAT, äusserte sich in einer Stellungnahme besorgt über die negativen Auswirkungen. Es weist auf die gewichtigen, indirekten Folgen für den Wissenschaftsstandort Schweiz hin, wenn eine spezifische Anwendung der Gentechnik herausgegriffen wird und fälschlicherweise als besonders risikobehaftet dargestellt wird.
Spitzenforscher in der Schweiz würden ihre Arbeit in Frage gestellt sehen, der wissenschaftliche Nachwuchs würde entmutigt. Dies hätte auch negative Auswirkungen auf die eigene und unabhängige Fachkompetenz der Schweiz auf dem Gebiet der Gentechnik in der Pflanzenforschung. Zudem brächte die Initiative faktisch nichts, da ein Moratorium nicht zu dem von den Initianten geforderten weiteren wissenschaftlichen Erkenntnisgewinn beitrage, und ein möglicher Einsatz der Gentechnik in der Landwirtschaft durch die bestehenden strengen gesetzlichen Vorschriften sowieso stark reglementiert sei.
Sources: "Stellungnahme zur Initiative für Lebensmittel aus gentechnikfreier Landwirtschaft (Gentechfrei-Initiative)" , Forum Recherche génétique de l'Académie des sciences naturelles SCNAT, www.geneticresearch.ch.
Texte: Jan Lucht
Traduction: J-Ph. Rüegg