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No. 87 janvier 2009

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"Aliments fonctionnels" : Salade délicieuse enrichie en calcium
Laitue
Photo: Scott Bauer, ©USDA-ARS
Un apport régulier en minéraux, particulièrement en calcium, est essentiel pour la croissance et la santé des os. Etant donné que cet apport est insuffisant chez de nombreuses personnes, les chercheurs tentent d'accroître dans différents légumes la teneur de ce minéral. Une approche consiste à augmenter, par la transmission d'un gène d'une autre plante, l'absorption de calcium chez les plantes. Il s'agit d'une stratégie employée avec succès pour les carottes (voir Point Janvier 2008).
Un groupe de chercheurs américains a récemment présenté la salade enrichie en calcium ; elle en contient 25% à 32% de plus grâce à l'introduction du gène transporteur sCAX1 issu de l'arabette (Arabidopsis). Une question restait ouverte : le calcium a-t-il une influence sur le goût des salades ? On sait que certaines combinaisons de calcium peuvent avoir un goût amer ou rendre la structure des plantes plus dure. Cependant, une salade dure et amère ne serait pas appréciée par les consommateurs, peu importe les effets bénéfiques pour la santé. Pour comparer le goût des salades transgéniques à celui des salades conventionnelles, les chercheurs ont eu recours à cinq testeurs professionnels. Ces derniers ont tous suivi une formation de 120 heures pour décrire le goût de manière précise et disposent de plus de 1500 heures de pratique dans l'évaluation sensorielle. Les testeurs ont été chargés d'évaluer à l'aveugle une série d'échantillons de salade, entre autres les nouvelles variétés transgéniques enrichies, selon une liste de 19 critères, dont la fermeté, le goût, l'arôme de bois et de céleri, l'acidité et l'effet sur les dents. Des différences minimales ont été constatées pour deux critères (en faveur des salades OGM). Dans l'ensemble, le goût était pratiquement identique - une personne non entraînée n'aurait vraisemblablement pas constaté de différences. En conclusion, ni la modification génétique, ni l'augmentation de la teneur en calcium n'ont eu d'effets négatifs sur la qualité sensorielle de la salade. Des essais en serre pour analyser les qualités agronomiques n'ont pas démontré de différences entre les variétés de salades. Cependant, de nombreux tests seront nécessaires, entre autres en plein champ, avant de pouvoir commercialiser la salade riche en calcium.
Source: Sunghun Park et al. 2009, "Sensory analysis of calcium-biofortified lettuce", Plant Biotechnology Journal 7:106 - 117

Réchauffement de la planète : Biotechnologie végétale pour combattre les effets du changement climatique - le maïs résistant à la sécheresse sera bientôt sur le marché
Le changement climatique est un fait - nous avons maintenant besoin de solutions pour stopper le réchauffement de l'atmosphère et pour réduire les effets du changement climatique. L'agriculture pourrait jouer un rôle déterminant, car elle produit environ 25% des gaz à effet de serre. De plus, le changement climatique peut avoir des conséquences dramatiques sur la production alimentaire, car les plantes sont sensibles aux changements des conditions de croissance. La biotechnologie agricole peut contribuer à combattre à plusieurs niveaux les effets négatifs du changement climatique, comme l'affirmait EuropaBio, l'association européenne des bio-industries, à l'occasion d'une rencontre du parlement européen au sujet du changement climatique.
Une réduction des émissions des gaz à effet de serre serait possible en employant des plantes OGM, car ces dernières nécessitent moins de traitements chimiques et permettent de réduire la consommation de carburants. En outre, les plantes tolérantes aux herbicides totaux facilitent la culture sans labour, une méthode nécessitant moins d'énergie et augmentant la quantité du carbone dans le sol. Les pays qui produisent de nos jours des OGM à grande échelle contribuent déjà considérablement à la réduction d'émissions d'hydrates de carbone dans le secteur agricole. Des plantes capables d'utiliser l'azote plus efficacement font l'objet de recherches actuelles, car elles permettraient d'économiser de l'engrais - la décomposition d'engrais dans les sols est une source importante de gaz à effet de serre.
Le développement de plantes à haut rendement est une mesure importante pour assurer la productivité et pour satisfaire la demande croissante en aliments dans le monde. Aujourd'hui déjà, les plantes génétiquement modifiées génèrent des rendements plus élevés, tout en réduisant les moyens de production nécessaires. De nombreux producteurs de semences développent actuellement des variétés moins sensibles aux fluctuations climatiques. Ainsi, des périodes de chaleur ou de sécheresse ne diminueraient pas la productivité - les effets négatifs sur l'agriculture dus au changement climatique pourraient être compensés.
Des rapports publiés récemment par BASF et Monsanto démontrent que ces approches ne sont pas des scénarios futuristes, mais des développements très concrets. Une variété de maïs résistant à la sécheresse vient d'entrer dans la phase précédant sa mise sur le marché. La demande d'autorisation pour cette variété de maïs a déjà été déposée auprès de l'Autorité de sécurité des aliments et des médicaments (FDA). Les experts estiment que la commercialisation aura lieu au début de la prochaine décennie. Des essais en plein champ, effectués dans les régions les plus sèches des Etats-Unis, ont démontré qu'il est possible d'accroître le rendement de 6 à 10% grâce aux plantes modifiées - cela représente un avantage considérable pour les paysans qui vivent dans des régions difficiles.
Sources: "Ag biotech can help mitigate climate change, but will Europe benefit?", Communiqué de presse EuropaBio, 27.01.2009; "Green Biotech and Climate Change", EuropaBio papier (2009); "Focus on yield - Biotech crops; evidence, outcomes and impacts 1996-2006", PG Economics, 2008; "Weltweit erster trockentoleranter Mais rückt der Markteinführung einen Schritt näher", Communiqué de presse BASF, 07.01.2009

Etats-Unis : Amélioration d'indicateurs importants pour une agriculture durable et compatible avec l'environnement
Ces dernières années, la productivité a augmenté rapidement dans l'agriculture américaine. Plus de maïs, de soja, de coton et de blé sont produits par unité de surface. On pourrait craindre qu'un tel développement affecte la durabilité de ces plantes. Pourtant, il n'en est rien, comme le démontre un nouveau rapport de l'« Alliance Keystone pour une agriculture durable ».
Cette association regroupe des membres de différents secteurs : producteurs de semences, organisations agricoles, producteurs de denrées alimentaires ainsi que des organisations de protection de l'environnement. Leur objectif commun est d'établir des critères pour une agriculture durable et de promouvoir des méthodes agricoles qui correspondent à ces critères. « L'agriculture durable » doit couvrir les besoins actuels, mais aussi permettre aux générations qui suivent de couvrir leurs propres besoins. L'empreinte écologique des cultures principales entre 1987 et 2007 a servi de base pour une coopération à long terme : la surface nécessaire, la perte due à l'érosion des sols, la demande en énergie et en eau et les effets sur le climat ont été pris en compte.
L'augmentation du rendement par unité de surface permet d'obtenir la même récolte sur des surfaces plus petites : en 20 ans, la productivité des surfaces agricoles aux Etats-Unis s'est accrue de 41% pour le maïs, de 31% pour le coton, de 29% pour le soja et de 19% pour le blé.
Pour tenir compte de ces changements, les autres indicateurs ne se sont pas basés sur la surface, mais sur le rendement. Il s'est avéré que des progrès considérables ont été faits en ce qui concerne la perte de sols pour toutes les cultures ; elle a diminué, par rapport à il y a 20 ans, de 34% et 69% par unité de récolte. L'arrosage artificiel relatif à la quantité de récolte pour le maïs, le coton et le soja a baissé de 20% à 49%, la dépense d'énergie pour les carburants et la production d'engrais de 37% à 66%. Les effets climatiques de ces trois plantes de culture - c'est-à-dire la consommation d'énergie, l'émission de gaz à effet de serre dû à l'engrais et la présence d'azote dans les sols - ont été réduits de 30% à 38%. Pour le soja et le coton aux Etats-Unis, ces progrès ont été réalisés en partie grâce aux plantes OGM résistantes aux herbicides totaux, car elles facilitent la culture sans labour. Pour le blé, cependant, il n'y a pas eu de changements en ce qui concerne l'arrosage ; la dépense d'énergie a légèrement diminué et la pollution de l'environnement a même augmenté.
L'amélioration des semences et des méthodes de culture a mené aux Etats-Unis, pour les principales plantes de culture, à une amélioration des paramètres étudiés pour déterminer « l'empreinte écologique » - une tendance prometteuse. Les spécialistes veulent continuer à progresser : l'Alliance Keystone compte élargir le nombre de paramètres et inclure des facteurs tels que la qualité de l'eau, la biodiversité ainsi que des aspects sociaux et sanitaires. Une analyse précise devrait permettre à tous les maillons de la chaîne de valeur, de la production jusqu'au commerce, de contribuer à assurer une agriculture durable.
Sources: "Diverse Group Releases First-of-its-Kind Report Measuring Agriculture Sustainability", Keystone Alliance for Sustainable Agriculture press release, 12.01.2009; "Environmental Resource Indicators for Measuring Outcomes of On-Farm Agricultural Production in the United States, First Report", The Keystone Alliance for Sustainable Agriculture, 01-2009.

Maïs au Mexique : Croisements involontaires d'OGM - oui, non, un peu ?
En 2001, une publication sur la présence de transgènes dans des variétés de maïs mexicain a fait parler d'elle. Etant donné que le Mexique est considéré comme le pays qui dispose de la plus grande diversité de maïs, on a craint que d'anciennes variétés aient été polluées génétiquement. On ne pouvait pas exclure que certains paysans aient importé des Etats-Unis de grandes quantités de semences OGM, bien que la culture de ces plantes soit illégale au Mexique. Cependant, de nombreux scientifiques se sont méfiés de ces résultats à cause d'erreurs méthodologiques. En 2005, une nouvelle étude a été publiée, dans laquelle les scientifiques affirment ne pas avoir trouvé de maïs transgénique au Mexique. Comment interpréter ces résultats ? Il serait possible que les quelques plantes OGM présentes au Mexique n'aient pas survécu dans la nature et qu'elles aient disparu.
Un groupe de chercheurs autour d'Elena Alvarez-Buylla de l'Université Nationale du Mexique a confirmé les résultats des deux études. En analysant des échantillons prélevés dans l'état d'Oaxaca en 2001, ils ont également détecté des traces d'OGM. Les échantillons de 2002, cependant, n'en contenaient pas. En 2004, les chercheurs ont trouvé sur certains champs (11/60) de la même région quelques plantes qui pourraient contenir des traces d'OGM - en effet, la méthode employée ne permettait pas d'identifier les transgènes. En raison de problèmes méthodologiques, la fréquence des plantes transgéniques n'a pas pu être déterminée précisément ; elle a été décrite comme étant « relativement faible ». Les traces trouvées en 2004 pourraient provenir de plantes OGM présentes, mais non détectées, ou bien de plantes introduites ultérieurement. Par ailleurs, des croisements avec des variétés traditionnelles de maïs ont-ils réellement eu lieu? Cela reste hypothétique. Les chercheurs exigent davantage d'investigations pour répondre à ces questions et pour développer de nouvelles méthodes de dépistage.
Bien que ces résultats laissent ouvertes de nombreuses questions, la présence occasionnelle de plantes génétiquement modifiées sur les champs mexicains semble réelle. Cela n'est d'ailleurs pas surprenant, étant donné que le Mexique partage une frontière avec les Etats-Unis, un important producteur et fournisseur de maïs OGM. Il est peu probable que la présence de certaines plantes de maïs OGM au Mexique aient un effet négatif sur les variétés indigènes, car ces dernières coexistent depuis des années et ont réussi à garder leur identité - bien qu'un échange de propriétés génétiques soit en principe possible. A la rigueur, une propagation incontrôlée de plantes transgéniques pourrait nuire aux variétés indigènes, mais il n'existe aucune indication à ce sujet.
Sources: A. Piñeyro-Nelson et al. 2009,"Transgenes in Mexican maize: molecular evidence and methodological considerations for GMO detection in landrace populations", Molecular Ecology 18:750-761; R. Dalton 2008, "Modified genes spread to local maize", Nature 456:149 (Nature news article; Volltext-Zugang über SciDev.net); "Mais in Mexiko: Keine Spuren (mehr) von Gentech-Verunreinigungen", POINT 46, August 2005

PNR59 : Avis nuancé des agriculteurs quant à la culture de plantes génétiquement modifiées
Que pensent les agriculteurs suisses des plantes transgéniques ? Les rejettent-ils catégoriquement, comme le prétendent certaines personnes qui soutiennent le moratoire sur le génie génétique ? Un projet de recherche a traité cette question dans le cadre du Programme national de recherche PNR59 « Utilité et risques de la dissémination des plantes génétiquement modifiées ». Il s'est avéré que les agriculteurs ont un avis très nuancé à ce propos. Les résultats ont été présentés dans le numéro actuel du journal agricole « Die Grüne ».
61 paysans du canton de Zurich ont répondu à des questions concernant la responsabilité, les propriétés des plantes OGM et l'utilisation de plantes OGM sur leurs propres terrains. A la question:"Utiliseriez-vous des plantes OGM?", 8% des agriculteurs ont répondu « oui, bien sûr », 23% ont répondu « oui, probablement ». 34% des paysans interrogés étaient certains qu'ils ne cultiveraient jamais ce genre de plantes. 28% étaient « plutôt » contre. Malgré une attitude générale plutôt critique envers les OGM, un tiers des paysans était tout de même favorable aux OGM - un chiffre élevé, quand on considère le fait que les agriculteurs n'ont pas d'expérience pratique dans ce domaine. 89% estiment que le génie génétique vert sera utilisé quand il sera disponible. En ce qui concerne les autres questions, on a constaté chez les agriculteurs une façon nuancée de voir les choses et un large éventail d'opinions. Le génie génétique vert est considéré comme un sujet d'importance - 80% des agriculteurs s'y intéressent.
Source: Jennifer Schweiger & Ali Ferjani, "Skeptische Landwirte", Die Grüne 01-2009, S. 16-19

Texte: Jan Lucht
Traduction: J-Ph. Rüegg

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