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No. 111 janvier 2011

Version imprimée (pdf)

PNR 59: Congrès sur les résultats des essais de dissémination de blé génétiquement modifié
champ expérimental
de blé génétiquement
Le champ expérimental de blé génétiquement modifié à Zurich-Reckenholz 2008
© Jan Lucht
Les deux essais suisses de blé génétiquement modifié sont une partie importante du programme national de recherche PNR59 en cours actuellement. A Zurich-Reckenholz (2008-10) et à Pully près de Lausanne (2009-10) des lignées de blé résistantes au mildiou ont été analysées avec beaucoup de précision. Deux projets se sont concentrés sur la biosécurité, surtout sur les propriétés de résistance des plantes. Sept autres projets ont traité des différents aspects de la biosécurité et de l'interaction entre les plantes et l'environnement. A l'occasion d'un congrès qui eu lieu le 27 janvier 2011, un aperçu des résultats les plus importants a été présenté aux spécialistes et au grand public. Une partie des résultats avait déjà été publiée dans des revues spécialisées, le reste sera disponible prochainement.
Le blé transgénique produisant des protéines d'orge (chitinase et glucanase qui agissent de manière non spécifique contre les champignons) était résistant au mildiou en laboratoire. Cela n'était pas le cas en plein champ - peut-être parce que la sorte de blé d'origine était naturellement résistante aux champignons et qu'une augmentation de cette résistance est difficile à prouver. La différence entre les résultats obtenus en laboratoire et ceux en plein champ souligne l'importance d'essais menés dans des conditions naturelles, étant donné que la nature ne peut être simulée en laboratoire. Cependant, les sortes de blé transgénique surproduisant différentes variantes du gène de résistance au mildiou étaient nettement plus résistantes à la maladie en laboratoire et en plein champ. Cela s'est manifesté par une forte réduction des symptômes. Un rendement considérablement accru avait été observé en laboratoire, ce qui n'était pas le cas en plein champ. Il est possible que la lecture du gène de résistance se fasse aux dépens du métabolisme, ce qui expliquerait la diminution de la productivité et du rendement. Etant donné que les essais n'ont explicitement pas été conçus pour produire des sortes de blé utilisables en agriculture, les résultats peuvent être considérés comme une réussite ; les chercheurs disposent de plus d'informations pour créer du blé plus résistant aux champignons. Dans le cadre des travaux, les scientifiques ont obtenu d'importants résultats pour la recherche de base, ont gagné de l'expérience pour organiser et exécuter les différents projets complexes et ont fait avancer la formation de jeunes chercheurs suisses dans un domaine compétitif. En outre, ces essais ont permis de gagner de l'expérience sur l'application de la loi sur le génie génétique, et les personnes intéressées ont eu l'occasion de visiter les sites expérimentaux et d'avoir un aperçu du travail quotidien des chercheurs.
Dans le cadre du consortium blé, les projets se sont concentrés sur la recherche en matière de sécurité et d'environnement - entre autres pour tenir compte des doutes de la population envers les OGM. Pour cela, les chercheurs ont analysé les effets du blé transgénique sur les organismes du sol comme les cloportes, les vers de terre, les bactéries utiles et les champignons, tout comme l'influence des plantes OGM sur l'alimentation des insectes vivant sur ces dernières ; aucun effet négatif n'a été détecté. Les analyses sur la dispersion du pollen ont confirmé que la transmission aux plantes voisines est en effet très faible et n'a lieu que sur de petites distances - un fait déjà évoqué dans les ouvrages spécialisés.
Il s'est avéré lors des discussions que les conditions cadres dans le domaine de la biotechnologie végétale sont difficiles et que les chercheurs doivent affronter des défis de taille. Le processus de demande, les objections et l'accompagnement juridique nécessitent beaucoup de temps et de moyens financiers. Les chercheurs exigent des améliorations et des procédés plus proches de la pratique. En outre, la protection des sites expérimentaux contre le vandalisme est très coûteux - dans ce cas, les frais étaient équivalents à ceux de la recherche elle-même. Les essais de blé étaient finançables grâce au « consortium blé », un réseau de chercheurs avec de nombreux membres et un support financier généreux. Cela n'aurait pas été possible pour des groupes et des projets de recherche isolés, ce qui remet en question le futur des essais en plein champ de plantes transgéniques en Suisse. Pour garder la compétence de la Suisse dans ce domaine et pour éviter la délocalisation des essais de plantes OGM en plein champ, on a proposé de créer des sites expérimentaux protégés (safe sites ) disposant de l'infrastructure nécessaire. Les résultats des essais de dissémination correspondent-ils aux attentes de la politique pour décider du futur de la biotechnologie végétale ? Certains en doutent. Cependant, d'autres projets du PNR59 abordent ce sujet plus directement.
Sources: "Programm ART-Tagung 2011: Ergebnisse der Freilandversuche mit gentechnisch verändertem Weizen im Rahmen des NFP 59" (PDF), Agroscope Reckenholz-Tänikon ART, 27. 1. 2011; www.konsortium-weizen.ch; www.nfp59.ch

Essais à long terme: Les pommiers résistant au feu bactérien et à la tavelure font leurs preuves en plein champ
Par rapport aux méthodes de culture conventionnelles, les techniques de génie génétique permettent d'économiser beaucoup de temps pour développer de nouvelles variétés - particulièrement pour les plantes pluriannuelles comme les arbres fruitiers. Mais qu'en est-il de la stabilité à long terme des nouvelles propriétés? Font-elles leurs preuves non seulement lors d'essais en laboratoire, mais aussi lors de la croissance sur plusieurs années, sous la pluie et dans le vent, lors de froid extrême ou de grosse chaleur? Cela pourrait être le cas, comme le montre un nombre grandissant de données disponibles. .
Mickael Malnoy et ses collaborateurs de l'université Cornell suivent depuis 12 ans des pommiers transgéniques de la sorte Galaxy (Gala) auxquels ils ont introduit un gène codant pour l'attacine E, une protéine antibactérienne. Cette dernière combat activement l'agent pathogène du feu bactérien. Après une infection artificielle, les arbres étaient nettement moins sensibles au feu bactérien que les plantes non modifiées - ce, sur une période de plusieurs années. La production d'attacine E et la résistance au feu bactérien ne semblent pas diminuer chez les plantes plus anciennes. D'autres propriétés comme la croissance, l'aspect et la structure des arbres, tout comme la couleur, la consistance et le goût des fruits n'ont pas changé. La résistance a été transmise normalement à la génération suivante. Les chercheurs en concluent que les propriétés de résistance sont transmises aux pommiers à long terme et sans effets négatifs. .
Frans A. Krens et ses collègues de l'Université de Wageningen (Pays-Bas) ont effectué des essais en plein champ et ont observé pendant 4 ans des pommiers résistants à la tavelure. Pour cela, ils ont introduit dans des pommiers Elstar et Gala un gène issu de l'orge efficace contre les champignons grâce à la production d'une protéine, l'hordothionine. Les chercheurs souhaitent ainsi contribuer à réduire les 15 à 20 traitements annuelles par fongicides, nécessaires pour combattre la tavelure du pommier sur les plantations commerciales. La résistance à la tavelure d'environ 200 arbres analysés est restée stable pendant plusieurs années, tout comme la lecture des transgènes introduits. Les auteurs soulignent que cette méthode ne permet qu'une résistance partielle, mais qu'elle représente une contribution importante lorsqu'elle est combinée avec d'autres mécanismes de résistance. Les chercheurs tentent maintenant d'obtenir une résistance à la tavelure en utilisant des gènes de pommes sauvages, donc sans utiliser l'ADN d'organismes étrangers (pommes cisgéniques). Cette méthode permettrait de réduire considérablement le temps nécessaire pour un croisement classique, qui peut durer jusqu'à un demi siècle. Début 2011, les chercheurs néerlandais ont reçu l'autorisation d'effectuer des essais en plein champ de pommiers cisgéniques - les résultats sont attendus avec impatience.
Sources: Ewa Borejsza-Wysocka et al. 2010, "Stable expression and phenotypic impact of attacin E transgene in orchard grown apple trees over a 12 year period", BMC Biotechnology 10:41; Frans A. Krens et al. 2011, "Performance and long-term stability of the barley hordothionin gene in multiple transgenic apple lines", Transgenic Research, "online first" publication, 19.01.2011; "Go-ahead for field test with cisgene apples", Wageningen University media release, 06. 01. 2011

Matières premières renouvelables: Pomme de terre Amflora de nouveau cultivée en Allemagne en 2011
L'entreprise BASF a annoncé fin janvier que la pomme terre Amflora riche en amidon, autorisée l'année dernière dans l'UE, sera cultivée en Allemagne en 2011. Les pommes de terre seront plantées sur une surface de deux hectares à Üplingen (Saxe-Anhalt), surtout pour multiplier les tubercules et les employer pour les cultures des prochaines années. La culture en Suède sera également poursuivie. L'autorisation et la culture de cette nouvelle variété génétiquement modifiée - la première depuis plus de 10 ans - a déclenché en 2010 des discussions et de protestations. Parmi 680'000 plantes Amflora, BASF avait détecté sur un champ expérimental en Suède un mélange involontaire de 47 plantes de la sorte Amadea encore en développement. Par la suite, la récolte en Allemagne a également été bloquée, jusqu'à ce que la cause soit trouvée. La raison du mélange en Suède a été détectée et les autorités ont pu confirmer qu'aucune autre plante Amadea n'a été trouvée sur les champs dans d'autres pays. Par la suite, une grande partie de la récolte a été débloquée. Malgré cela, des réactions contradictoires ont circulé récemment sur la question de savoir si les pommes de terre Amflora seront cultivées en Allemagne en 2011. .
Des informations sur tous les aspects de l'utilisation et de la culture d'Amflora sont disponibles sur la plateforme de dialogue www.amflora.de. En outre, vous avez la possibilité de contacter directement les développeurs, de mener le dialogue et de commenter les articles.
Sources: "BASF Plant Science baut 2011 Amflora-Kartoffeln in Deutschland und Schweden an", BASF Medienmitteiliung, 31. 01. 2011; "Amflora-Anbau: Saison-Rückblick 2010", Dialog-Plattform www.amflora.de, "BASF Plant Science entdeckt geringfügige Vermischung in Amflora-Kartoffeln in Schweden", BASF Medienmitteiliung, 06. 09. 2010.

Soja OGM: La culture atteint un niveau record, les critères de durabilité gagnent de l'importance
Pour la récolte de 2010/11, l'entreprise de consultation brésilienne Céleres estime à 18,1 millions d'ha la surface cultivée en soja transgénique au Brésil. Cela représente 76,2% de la surface consacrée au soja, la part d'OGM la plus haute jamais atteinte. Le gouvernement brésilien a autorisé les variétés OGM en 2003, après avoir émis des réserves pendant des années en raison des importateurs européens opposés aux OGM. Cette décision a été prise entre autres parce que les marchés européens perdent de l'importance au plan international. Dans d'autres grands pays producteurs de soja, les variétés OGM couvrent pratiquement toute la surface destinée au soja (USA 93%, Argentine 98%). Les cultures de maïs Bt et de coton Bt au Brésil se sont également accrues considérablement cette saison. .
La demande croissante de soja sur le marché mondial (actuellement environ 230 millions de tonnes par année, utilisées comme aliment pour animaux) représente une charge pour les ressources de production. Afin de permettre un développement de la production de soja durable et compatible au niveau social et environnemental, l'initiative internationale « Round Table on Responsible Soy RTRS » (Table ronde pour une production de soja responsable) a été lancée en 2006. L'initiative regroupe 141 membres de 20 états différents, venant de la production, du commerce, de l'industrie, ainsi que de la société civile et d'organisations environnementales. A la suite d'actives négociations, les membres se sont mis d'accord sur un standard commun, visant à garantir une production de soja durable et responsable. Différents aspects y jouent un rôle important, comme la protection de l'environnement (p.ex. pas de déboisement de la forêt vierge), les standards sociaux (p.ex. pas de travail par les enfants ni d'exploitation des travailleurs agricoles), le droit (p.ex. protection de la propriété des petits paysans), tout comme une pratique agricole responsable (produits phytosanitaires, protection du sol). L'emploi de semences OGM n'est pas contraire aux critères de la RTRS, car une pratique agricole durable respectant les objectifs de l'organisation est possible avec et sans soja transgénique. A partir de 2011, davantage de soja certifié RTRS sera disponible sur le marché mondial. .
En Suisse, 12 organisations se sont regroupées pour former le « Réseau soja suisse » et se sont engagées par contrat pour que d'ici à 2014, 90% du soja importé soit issu de cultures responsables. Le but est d'atteindre 60% jusqu'à fin 2011. Le soja devra être conforme à l'une des normes suivantes : aux standards internationaux RTRS, aux « Critères de Bâle », aux normes ProTerra ou aux directives de Bio Suisse. Les trois dernières normes mentionnées excluent l'emploi de plantes transgéniques, sans expliquer pourquoi leur utilisation serait contraire à une production responsable - ou s'il s'agit de stratégies de marketing. Pour l'instant on ne comprend pas, en tout cas le grand public - si les membres du « Réseau soja suisse » s'opposent au développement des pays producteurs et s'ils rejettent catégoriquement le soja OGM, ou s'ils demandent réellement une production durable et responsable basée sur des faits et des arguments compréhensibles.
Sources: "Brasilien erlebt die höchste Nutzung von Transgenen in seiner Geschichte", Céleres Medienmitteilung, 20.1.2011; Round Table on Responsible Soy, www.responsiblesoy.org; "Bald nur noch verantwortungsvoll produzierte Soja in der Schweiz", Communiqué de presse du Réseau soja suisse, 27.01.2011

Texte: Jan Lucht
Traduction: J-Ph. Rüegg

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