Version imprimée (pdf)
USA : La majorité des cultures de maïs, de soja, de betteraves sucrières et de coton sont d'origine OGM
Aux Etats-Unis, les plantes utiles transgéniques sont cultivées à grande échelle depuis 14 ans. Entre-temps, la grande majorité des principales plantes de culture sont d'origine OGM. Les chiffres à ce propos ont été publiés fin juin par le Ministère de l'agriculture américain.
La part de maïs OGM est de 85% (2008 : 80%). Pour le coton (88% d'OGM) et le soja (91% d'OGM), le marché semble saturé car les changements sont minimaux. La tolérance aux herbicides est la principale propriété transmise au soja par génie génétique. Pour le maïs et le coton, on ajoute le gène Bt qui rend les plantes résistantes aux insectes - plus de la moitié de ces variétés sont dotées des deux propriétés.

Il est de plus en plus courant de cultiver des plantes contenant une combinaison de plusieurs caractéristiques introduites par génie génétique. Ainsi, on retrouve fréquemment des variétés de maïs dotées de deux gènes contre la pyrale et la chrysomèle des racines du maïs, capables également de résister à plusieurs herbicides. Cela évite aux agriculteurs de perdre des parties de leur récolte et de réduire le travail nécessaire pour protéger les cultures contre les ravageurs. En outre, ils ont la possibilité d'employer différents herbicides, ce qui empêche le développement de plantes adventices résistantes aux herbicides.
Les expériences positives des agriculteurs américains influencent l'introduction de nouvelles plantes OGM sur le marché. Contrairement aux variétés OGM établies, dont la part s'est accrue au fil des années, la betterave sucrière a connu un succès instantané. Atteignant un demi pour cent en 2007, la part de marché s'est élevée à 59% en 2008 et à 90% en 2009. Depuis 2007, l'importation de produits à base de betteraves sucrières OGM est également autorisée dans l'UE comme aliment pour humains et animaux. Cependant, cela n'est pas valable pour la Suisse. La culture commerciale de ces plantes n'est pas encore autorisée en Europe.
Sources: "Acreage", National Agricultural Statistics Service (NASS), U.S. Department of Agriculture USDA, 30.06.2009; "Sugarbeet", GMO Database, www.gmo-compass.org
Agro-biotechnologie : Pipeline de développement global pour les plantes génétiquement modifiées
Des chercheurs du monde entier tentent d'améliorer les plantes par génie génétique et en témoignent dans les revues spécialisées. On y retrouve souvent des premiers résultats pionniers qui n'ont aucune relation immédiate avec l'application pratique. Il est nettement plus difficile d'obtenir des informations sur des OGM dont le développement est déjà plus avancé et plus proche de la mise sur le marché. Pour avoir un aperçu des plantes OGM qui seront lancées dans les prochaines années, le Centre commun de recherche JRC de la Commission européenne a organisé en automne 2008 un workshop auquel ont participé tous les représentants des principales entreprises de semences, ainsi que des chercheurs venant du monde entier.
Les présentations ont fourni un aperçu impressionnant du développement actuel au niveau international. On y trouve de nouvelles versions améliorées de plantes résistantes aux ravageurs et aux maladies, des plantes tolérantes aux herbicides totaux, mais aussi des variétés tolérantes au stress et à la sécheresse et des plantes plus saines grâce à l'optimisation de la teneur en acides aminés, en huiles et en graisses. L'évaluation et l'assemblage des résultats viennent d'être présentés.
On cultive actuellement dans le monde des plantes possédant environ 30 caractères génétiques (« events »). Jusqu'en 2015, on atteindra vraisemblablement 120. Début 2009, chaque variété de soja OGM ne contenait qu'un seul caractère - celui pour la tolérance aux herbicides. Quatre autres propriétés génétiques étaient à ce moment-là autorisées pour la culture dans différents pays, mais n'étaient pas encore commercialisées - trois d'entre elles se trouvaient en processus d'autorisation. Le développement de neuf autres variétés est tellement avancé qu'elles pourraient être autorisées pour la culture dans les années à venir (avant 2015). Au total, le nombre des différents caractères génétiques applicables au soja pourrait s'élever à 17 en 7 à 8 ans. Un tel développement est également probable pour d'autres plantes utiles : le maïs compte actuellement neuf caractères et pourrait atteindre 24, le colza pourrait passer de 4 à 8 et le coton de 12 à 27. On s'attend également à un rapide développement pour les plantes OGM qui ne sont pas encore cultivées de façon commerciale à l'heure actuelle. Il serait ainsi possible que le riz (15 variétés) et les pommes de terre (8 variétés) soient commercialisés d'ici à 2015.
Le progrès rapide du développement de nouvelles variétés signifiera pour les responsables des autorisations un surcroît de travail. Aux nouvelles plantes comportant un seul caractère génétique s'ajouteront dans de nombreux pays des variétés aux caractères empilés, c'est-à-dire à plusieurs propriétés génétiques obtenues par croisement classique. Ces dernières doivent également passer le processus d'autorisation, même si les plantes parentes ont déjà été approuvées. Plus le nombre de caractères génétiques s'accroît, plus de combinaisons sont possibles. Si, comme prévu pour 2015, on disposait pour le maïs de 24 caractères génétiques différents, les possibilités de combinaison dépasseraient les 10,000. En pratique, une partie seulement des combinaisons possibles seront employées ; malgré cela, les autorités devront se préparer à une immense augmentation de leur travail si le processus d'autorisation reste le même.
Le commerce international devra également affronter un nombre croissant de problèmes. La majorité des plantes transgéniques utilisées actuellement pour le commerce proviennent d'entreprises de semences situées aux Etats-Unis ou en Europe. Ces dernières possèdent généralement les autorisations pour tous les principaux marchés d'exportation avant de commencer la culture. Cependant, en 2015, la moitié des variétés GM utilisées proviendront d'Asie et d'Amérique du Sud - des pays surtout intéressés par leur propre marché, qui ne seront probablement pas prêts à passer par les rigoureux processus d'autorisation valables à l'étranger. En outre, le délai pour obtenir une autorisation varie fortement selon les pays ; en Europe, ce processus est particulièrement long. Il faudra donc s'attendre à ce que des traces d'OGM non autorisés apparaissent plus fréquemment dans les aliments importés - marchandises dont dépendent la Suisse et l'UE. L'expérience montre que l'addition de traces ne peut être exclue totalement, malgré toutes les précautions. La Suisse a instauré des règles de tolérance relatives aux traces d'OGM dans les aliments pour humains et animaux. Ces derniers ont comme objectif de protéger les humains, les animaux et l'environnement tout en tenant compte de la croissance des cultures OGM dans le monde et du nombre grandissant des caractères génétiques. L'UE n'arrive pas à s'entendre à ce sujet et applique une politique de tolérance zéro pour les traces d'OGM non autorisés. Au pire, il serait nécessaire de renvoyer des cargaisons entières, ce qui aurait d'énormes conséquences économiques. Un accord raisonnable en matière de tolérance doit absolument être trouvé, afin de ne pas interrompre le flux de marchandises au niveau international.
Sources: Alexander J. Stein and Emilio Rodríguez-Cerezo 2009, "The global pipeline of new GM crops: implications of asynchronous approval for international trade", JRC Technical Report EUR 23486 EN. Luxembourg: Office for Official Publications of the European Communities; Alexander J. Stein and Emilio Rodríguez-Cerezo 2009, "The global pipeline of new GM crops: introduction to the database", JRC Technical Note EUR 23810 EN. Luxembourg: Office for Official Publications of the European Communities; Presentations at the global GMO pipeline workshop, JRC, Seville (2008); "The global pipeline of new GM crops", European Commission JRC AGRILIFE Website (agrilife.jrc.ec.europa.eu)
Lutte contre les ravageurs : Les Plantes Bt sont compatibles avec le contrôle biologique
L'équilibre règne dans la nature: prédateurs, parasites ou agents pathogènes veillent spécifiquement à ce que les espèces ne prolifèrent pas de manière démesurée. Dans pratiquement toutes les formes d'agriculture l'homme intervient dans la diversité biologique pour cultiver les plantes désirées. Les paysans doivent prendre des mesures contre les parasites et les adventices afin de maintenir ce déséquilibre artificiel. Pour cela, les agriculteurs peuvent également profiter du contrôle naturel, raison pour laquelle il est important de choisir une méthode de culture qui perturbe le moins possible le contrôle biologique.
Les plantes utiles résistantes aux insectes sont utilisées dans le monde entier comme protection contre les insectes ravageurs. Dans le cadre du processus de développement et d'autorisation, les spécialistes veillent à ce que ces plantes n'aient pas d'effets négatifs sur les insectes utiles et d'autres arthropodes présents dans les champs. Cependant, on a longtemps négligé les effets des plantes Bt sur les pathogènes des insectes - un facteur important pour le contrôle de la population d'insectes ravageurs. L'équipe de chercheurs autour de Jürg Romeis de la Station de recherche Reckenholz-Tänikon ART s'est penchée sur la question de savoir si les plantes Bt sont compatibles avec le champignon Metarhizium anisopliae. Ce champignon du sol mortel pour de nombreux insectes est répandu ; c'est pourquoi on l'utilise souvent comme insecticide biologique.
Des scientifiques ont analysé les effets du champignon sur des larves ou des insectes adultes de chrysomèles des racines du maïs Diabrotica virgifera. Ces derniers avaient été nourris de maïs conventionnel ou de maïs Bt protégé contre les insectes (Cry3Bb1). Les insectes étaient tous sensibles aux spores de champignons, peu importe la nourriture. Dans le cas des pois chiches Bt, une variété développée actuellement comme protection contre la noctuelle Helicoverpa armigera, les larves des insectes ravageurs étaient même plus sensibles aux champignons après avoir consommé des feuilles de plantes Bt. Il semblerait que la protéine Bt affaiblisse les larves et les rende plus sensibles aux agents pathogènes.
Les chercheurs en concluent que les modifications génétiques du maïs et des pois chiches n'ont pas interféré dans le combat biologique du champignon M. anisopliae. Ainsi, les deux méthodes se complètent parfaitement - pour les pois chiches, la combinaison des deux approches est même plus efficace.
Sources: Michael Meissle et al. 2009, "Susceptibility of Diabrotica virgifera virgifera (Coleoptera: Chrysomelidae) to the entomopathogenic fungus Metarhizium anisopliae when feeding on Bacillus thuringiensis Cry3Bb1-expressing maize", Appl Environ Microbiol. 75:3937-3943; Nora C. Lawo et al. 2009, "Effectiveness of Bacillus thuringiensis-Transgenic Chickpeas and the Entomopathogenic Fungus Metarhizium anisopliae in Controlling Helicoverpa armigera (Lepidoptera: Noctuidae)", Appl Environ Microbiol. 74: 4381-4389.
Suisse : Réactions mitigées face à la proposition du gouvernement de prolonger le moratoire sur le génie génétique
Le 1er juillet, le Conseil fédéral a proposé de prolonger de 3 ans le moratoire sur le génie génétique dans l'agriculture instauré en 2005. Un message à ce propos a été transmis au Parlement, selon lequel le moratoire ne serait plus ancré dans la constitution fédérale, mais dans la loi sur le génie génétique. Pendant une période transitoire allant jusqu'au 27 novembre 2013, aucune autorisation de mise sur le marché de plantes ou d'animaux génétiquement modifiés ne serait accordée.
L'argument du Conseil fédéral pour la prolongation du moratoire repose sur le Programme national de recherche PNR59, dont les résultats finaux sont prévus pour mi-2012 ; on aurait ainsi assez de temps pour compléter les bases scientifiques et légales, de mettre en pratique les résultats et de répondre à des questions ouvertes concernant la loi sur le génie génétique. Jusqu'en 2013, les offices fédéraux en charge auraient la tâche d'élaborer le cadre légal pour la production agricole d'OGM, en portant une attention spéciale à la coexistence et la protection de la biodiversité. En outre, le Conseil fédéral estime que ni l'agriculture, ni les consommateurs n'ont besoin immédiatement d'OGM dans le domaine alimentaire.
Dans le cadre du processus de consultation, événement qui a eu lieu avant la proposition du Conseil fédéral, les différentes opinions quant à la prolongation du moratoire avaient déjà été exprimées clairement. Des organisations anti-OGM avaient réclamé une prolongation de 5 ans, voire une interdiction complète du génie génétique dans l'agriculture. L'Union Suisse des Paysans ainsi que presque tous les cantons ont consenti une prolongation limitée à trois ans. En revanche, le moratoire a été rejeté par les cercles économiques et par les organisations scientifiques (Académies suisses des sciences, Conseil des EPF, L'Institut de biologie des plantes de l'Université de Zurich). D'après eux, un moratoire serait inutile, étant donné que les réglementations ancrées dans la loi sur le génie génétique seraient tout à fait suffisantes et assez rigoureuses. En outre, une prolongation n'apporterait pas d'augmentation de la sécurité biologique et serait inutile au point de vue scientifique - ni l'agriculture, ni la sylviculture et ni les consommateurs en tireraient bénéfice. Cependant, une prolongation nuirait à la Suisse en tant que place scientifique et technologique.
Le GTG, l'association faîtière des organisations suisses critiques envers les OGM, approuve la proposition du Conseil fédéral, bien que les membres de l'association aient souhaité prolonger davantage le moratoire. D'après le GTG, le fait que la Suisse renonce aux plantes GM représenterait un « avantage de marketing immense » pour l'agriculture suisse. Dans le même communiqué de presse le GTG affirme que la Suisse n'est pas une île non-OGM au milieu de l'Europe, mais que des régions libres d'OGM commencent à se former et que les pays voisins ne cultivent pas de plantes transgéniques - reste à savoir comment ces deux énoncés peuvent être compatibles.
De son côté, Internutrition craint qu'une prolongation du moratoire puisse avoir des désavantages considérables et sensibles pour la Suisse ; les voies tracées aujourd'hui priveraient pour longtemps l'agriculture du libre choix d'employer une technologie moderne, scientifiquement fondée et utilisée avec succès dans le monde entier. En outre, la prolongation du moratoire encouragerait les sentiments anti-innovation qui continuent à grandir en Suisse. Les investissements pour la recherche et le développement risquent d'être transférés à l'étranger, ce qui aurait des conséquences pour le marché du travail et pour l'économie nationale.
C'est maintenant au Parlement de traiter la proposition du Conseil fédéral et de prendre une décision.
Sources: "Pour une agriculture exempte d'OGM: le Conseil fédéral veut prolonger le moratoire", Communiqué de presse du Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication DETEC, 01.07.2009; "Bericht über die Ergebnisse der Vernehmlassung zur Änderung des Bundesgesetzes über die Gentechnik im Ausserhumanbereich (Gentechnikgesetz, GTG)", Bundesamt für Umwelt BAFU (2009); "Gentechkritische Organisationen begrüssen Bundesrats-Entscheid: Verlängerung des Gentech-Moratoriums auf gutem Weg", Communiqué de presse Groupe suisse de travail sur le génie génétique GTG, 01.07.2009; "Le Conseil fédéral manque une occasion : la prolongation du moratoire sur le génie génétique est un obstacle aux innovations" Medienmitteilung Internutrition, 01.07.2009
Texte: Jan Lucht
Traduction: J-Ph. Rüegg