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Sécurité biologique : Meilleure évaluation des OGM grâce à un programme de recherche suisse
La loi suisse sur le génie génétique est extrêmement sévère et exigeante. L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) a financé entre 2004 et 2007 un programme de recherche comprenant huit projets dans quatre domaines. L'objectif de ce programme est de livrer au gouvernement d'importantes informations scientifiques qui permettent d'évaluer d'éventuels effets des OGM sur l'environnement. Les projets ont été choisis spécifiquement pour combler des lacunes dans ce domaine. Le 17 juin dernier, les résultats ont été présentés au grand public à Berne.
Trois projets de recherche ont été consacrés au sujet « Risques des OGM pour les organismes non ciblés ». Le premier projet analyse d'éventuelles influences des plantes transgéniques sur les abeilles sauvages comme p.ex. les abeilles maçonnes rouges ~ une espèce rarement analysée auparavant. Les résultats ont démontré qu'il est très improbable que les plantes transgéniques cultivées actuellement aient des effets négatifs sur les abeilles solitaires. Les procédés précis, mis au point dans le cadre de ce projet, pourront également être utilisés pour l'évaluation de plantes résistant aux ravageurs développées dans le futur. Un deuxième projet s'est penché sur l'influence des pommes OGM, résistantes à la tavelure, sur les insectes nuisibles. Des effets ont bien été constatés, mais ils sont comparables à ceux liés aux différences naturelles entre les variétés de pommes et ne peuvent donc pas être considérés comme des effets négatifs. Les méthodes élaborées permettent de détecter les plus infimes répercussions des modifications génétiques sur l'équilibre biologique des pommiers. Enfin, un troisième projet a démontré que les plantes transgéniques résistantes aux champignons nuisibles ne portent pas atteinte aux champignons utiles du sol, car les interactions entre les plantes et les différents types de champignons (nuisibles et bénéfiques) sont apparemment différentes.
Deux projets ont été consacrés à un autre sujet principal, les effets des OGM sur le sol. Un projet s'est penché sur la décomposition des résidus de maïs qui restent sur les champs après la récolte. Pour cela, les chercheurs ont analysé trois lignées de maïs Bt résistantes aux insectes, les trois lignées correspondantes non modifiées, ainsi que trois autres variétés de maïs conventionnel. En effet, les chercheurs ont détecté quelques différences minimales en qui concerne la rapidité de décomposition dans le milieu naturel. Cependant, ces différences ne sont pas dues à la modification génétique, mais aux différences générales entre les variétés de maïs. Des essais en laboratoire ont confirmé que les plantes Bt n'ont aucune influence négative sur les organismes du sol comme les vers, les escargots et les larves de mouches. Du point de vue écologique, les variétés OGM se comportent comme les variétés non OGM. On ne peut donc pas parler d'un risque écologique plus élevé chez les plantes OGM, du moins pas pour les plantes analysées dans cette étude. Dans le cadre d'un second projet, d'importantes bases conceptuelles et méthodologiques visant à déceler et évaluer les atteintes biologiques portées à l'écosystème sol, par exemple par des OGM, ont été élaborées puis mises en pratique lors d'essais pilotes avec des microorganismes du sol.
Le troisième sujet principal (deux projets) est consacré à la détection précoce d'effets non anticipés exercés par les OGM sur l'environnement. Les chercheurs se sont d'abord concentrés sur la définition au niveau légal de buts relatifs à la protection. Ils ont ensuite évalué les effets négatifs qui seraient théoriquement possibles lors de la culture commerciale et ont élaboré des scénarios ~ cela à l'aide de deux exemples (pommes de terre résistantes au phytophthora, maïs résistant au diabrotica et aux herbicides). Finalement, les chercheurs ont développé des méthodes qui permettent de détecter ces dommages, au cas où ils apparaîtraient réellement. Un deuxième projet a démontré à quel point il est difficile de prouver avec certitude l'influence de cultures OGM sur la biodiversité. Selon les espèces, le nombre d'insectes peut varier considérablement d'année en année ; cependant, une partie seulement de ces variations peut être attribuée aux facteurs climatiques et à l'environnement agricole. Des efforts considérables seraient nécessaires pour saisir précisément les plus fines modifications dues à la culture de plantes OGM. Cela serait en théorie tout à fait possible ~ reste à savoir si cette mesure serait appropriée et raisonnable, étant donné le grand nombre de pratiques agricoles qui influencent également la biodiversité. Les chercheurs estiment qu'il serait préférable d'approfondir l'évaluation des risques avant l'autorisation des plantes OGM, et de laisser tomber des programmes de monitoring peu utiles.
Le quatrième sujet principal (1 projet) est dédié à l'élaboration de critères et d'instruments pour évaluer les risques du point de vue éthique. La vérification des critères à l'aide d'essais en plein champ a démontré que les approches théoriques ne permettent pas une évaluation éthique tant que les scénarios des dégâts possibles restent vagues ~ une situation qui devrait être assez fréquente en pratique.
Ce programme de recherche de l'OFEV livre d'importantes informations pour la recherche en matière de sécurité et complète un grand nombre d'études effectuées en Suisse et à l'étranger. Le programme national de recherche PNR 59 « Utilité et risques de la dissémination des plantes génétiquement modifiées », est plus complet. Arrivant à échéance en 2011, le programme contient également des projets sur la recherche en sécurité, mais il s'intéresse aussi aux aspects utiles et économiques des différentes méthodes de culture, ainsi qu'à la coexistence des différentes variétés.
Sources: "Neue Erkenntnisse zur Biosicherheit in der ausserhumanen Gentechnologie", Communiqué de presse de l'Office fédéral de l'environnement OFEV, 17.06.2008; "Biosicherheit im Bereich der ausserhumanen Gentechnologie: Zusammenfassung der Forschungsresultate", BAFU Tagungsunterlagen
Maïs Bt : Une réduction de la teneur en mycotoxines peut améliorer la qualité des aliments pour animaux
Les entreprises agroalimentaires et les agriculteurs sont-ils les seuls à profiter du maïs OGM ? Beaucoup de personnes ont aujourd'hui l'impression que la production de plantes OGM à grande échelle n'apporte des avantages qu'aux producteurs, et non pas aux consommateurs. En effet, avec le développement de nouvelles variétés OGM, les producteurs de semences s'orientent surtout vers les besoins des agriculteurs, leurs clients directs. Ainsi, les plantes résistantes aux insectes permettent d'économiser temps et insecticides. Plusieurs études ont également confirmé qu'une réduction des dommages dus aux insectes équivaut à moins d'infestations par les fusarium, une moisissure. Ces champignons attaquent le maïs et les céréales et produisent plusieurs substances nocives pour la santé (mycotoxines) qui peuvent contaminer les récoltes. Un contrôle minutieux des valeurs maximales est d'ailleurs effectué dans de nombreux pays afin d'éviter tout risque pour la santé. Les plans de surveillance des mycotoxines ont été mis en place pour protéger la santé lors de l'utilisation du maïs en tant qu'aliment pour humains ou animaux, mais il est préférable de réduire à un maximum la contamination par mycotoxines avant la production.
De nouveaux résultats, issus de champs expérimentaux allemands en 2007, viennent d'être présentés par le Prof. Andreas Schier de l'Ecole Supérieure de Nürtingen-Geislingen. Sur trois emplacements dans différents Länder allemands, les chercheurs ont comparé des variétés Bt résistantes à la pyrale du maïs à des variétés correspondantes non modifiées. Sans traitement insecticide, les chercheurs ont trouvé sur les plantes conventionnelles jusqu'à 100 larves et plus pour 100 plantes ~ mais aucune sur les plantes Bt. Aucune autre méthode alternative n'est aussi efficace pour combattre les ravageurs : le contrôle biologique de la pyrale à l'aide de trichogrammes, des micro-guêpes, est capable de réduire d'environ 60% le nombre de parasites (étude sur un lieu), l'insecticide « Steward » en élimine environ 50% à 84% (sur deux lieux).
En examinant la récolte, les chercheurs ont constaté pour le maïs Bt une teneur en mycotoxines (DON, ZEA et FUM) nettement réduite, car sans dommages causés par les parasites, il manque aux champignons la « porte d'entrée » pour pénétrer dans les plantes. La réduction pouvait varier, selon le degré de contamination et les conditions météorologiques, entre 50% et 95% sur un site fortement contaminé en mycotoxines ZEA. Les traitements aux insecticides et l'emploi de trichogrammes ne diminuent que faiblement la contamination par mycotoxines, car les dommages causés par les larves ne peuvent pas être empêchés totalement. Le Prof. Andreas Schier, auteur de cette étude, en conclut que la technologie Bt a protégé efficacement les plantes de maïs contre la pyrale sur tous les sites expérimentaux, et que ces plantes OGM peuvent contribuer à réduire la contamination par mycotoxines ~ surtout dans des régions fortement contaminées.
Le Prof. Andreas Schier effectue des essais en plein champ avec du maïs génétiquement modifié depuis 1996. Malheureusement, ses travaux de recherche sont remis en question. Suite à des manifestations contre ces essais, la direction de l'Ecole supérieure de Nürtingen lui a conseillé vivement d'abandonner tout essai en plein champ. Cela revient pratiquement à une interdiction de la recherche ~ il est décevant que quelques avis critiques aient eu plus de poids que la liberté de la recherche.
Sources: Andreas Schier 2008, "Mykotoxine in Silo- und Körnermais. Vergleich zwischen Bt- Maissorten und den korrespondierenden nichtresistenten Linien", MAIS - Die Fachzeitschrift für den Maisanbauer (2/2008); "Neue Untersuchungsergebnisse aus Deutschland - Bt-Mais: Weniger Schädlingsfraß, weniger Mykotoxine", www.biosicherheit.de, 06.06.2008: "Der Genskandal - Eine Hochschule zwingt einen ihrer Professoren, seine Versuche mit gentechnisch veränderten Pflanzen zu beenden", DIE ZEIT, 01.05.2008 Nr. 19.
Nouvelle étude Brookes : Les plantes transgéniques ont de nombreux effets positifs
Depuis 1996, les plantes OGM ne cessent de gagner du terrain ; elles représentent aujourd'hui plus 8% des plantes cultivées. Dans certains pays, les plantes OGM ont même dépassé les plantes conventionnelles grâce aux expériences positives des agriculteurs. Cette poussée technologique ne peut pas passer inaperçue. Pour une étude actuelle, les deux économistes agricoles Graham Brookes et Peter Barfoot ont rassemblé pour la période de 1996 à 2006 des données recueillies dans différents pays, afin de donner un aperçu des influences socio-économiques et environnementales des plantes OGM.
Grâce au meilleur rendement et à la réduction des coûts de production par l'emploi des plantes transgéniques, les agriculteurs ont augmenté leurs bénéfices mondialement de 6 milliard de $US ~ dont plus de la moitié revient aux pays en voie de développement. Les bénéfices supplémentaires depuis 1996 s'élèvent à 30 milliards de $US. En raison des prix plus élevés pour les semences OGM, 28% du surplus brut effectué lors de la culture (38% dans les pays industrialisés, 17% dans les pays en voie de développement) reviennent aux producteurs de semences (distribution, développement de la technologie).
La nouvelle étude documente également les avantages écologiques des cultures OGM. Les auteurs évoquent la difficulté de mesurer l'économie de pesticides, notamment dans les pays qui produisent presque exclusivement des plantes OGM. Pour leurs calculs, les auteurs ont donc été obligés de se baser sur plusieurs suppositions. Pour pouvoir comparer les différents pesticides (insecticides, herbicides), les chercheurs ont employé un « quotient d'impact environnemental » (Environmental Impact Quotient EIQ), qui tient compte de la quantité et de l'impact des pesticides sur l'environnement. Entre 1996 et 2006, ce quotient a été amélioré de 15,4% globalement, ce qui est dû essentiellement à la réduction de l'emploi de pesticides (grâce aux plantes résistantes aux ravageurs) et au passage à des herbicides totaux moins nocifs pour l'environnement (grâce aux plantes tolérantes aux herbicides totaux). Dans certains pays, en particulier d'Amérique du Sud, la croissance des cultures de soja tolérant aux herbicides totaux a mené à une augmentation de l'emploi d'herbicides.
La réduction du travail nécessaire pour combattre les adventices et les ravageurs entraîne également une réduction de l'emploi de carburants pour les tracteurs, soit moins d'émissions de CO2. Les auteurs estiment que les économies de carburant en 2006 correspondent à la dépense moyenne de 540,000 voitures par an. En employant des plantes tolérantes aux herbicides qui permettent de renoncer au labour, il serait possible, grâce à la fixation de carbone dans le sol, de multiplier par dix la réduction de CO2. Les plantes transgéniques ne ménagent donc non seulement le portefeuille, mais aussi l'environnement et le climat.
Finalement, les auteurs de cette étude estiment que les plantes génétiquement modifiées contribuent à la sécurité des aliments et à la stabilisation des prix sur le marché mondial. En 2006, le génie génétique a permis d'augmenter la productivité de soja d'environ 11 millions de tonnes, soit 17% de la production mondiale. 3,9 million d'ha supplémentaires seraient nécessaires pour obtenir la même quantité de soja conventionnel ~ une tâche difficile, étant donné la concurrence pour obtenir des surfaces cultivables. La productivité du maïs, du coton et du colza s'est également accrue grâce à cette technologie ; sans ce surplus, nous devrions nous attendre à des prix encore plus élevés pour les matières premières agricoles. La « biotechnologie verte » contribue donc largement à l'approvisionnement en aliments pour humains et animaux, ainsi qu'en fibres textiles.
Sources: Graham Brookes & Peter Barfoot 2008, "GM crops: global socio-economic and environmental impacts 1996-2006", PG Economics Ltd, UK; "Global impact of biotech crops: socio-economic and environmental effects 1996-2006", Communiqué de presse de PG Economics, 05.06.2008
Champ expérimental de Reckenholz : Des vandales ont tenté de détruire le champ expérimental de blé transgénique
Le vendredi 13 juin 2008, environ 35 activistes anti-OGM ont pénétré de force sur le site expérimental de Zurich-Reckenholz, où des chercheurs effectuent dans le cadre du PNR 59 des essais en plein champ avec du blé génétiquement modifié. Ils ont partiellement détruit le champ et se sont échappés sans être identifiés. La police a arrêté peu après cinq personnes présumées coupables ; ces dernières se trouvent actuellement en détention provisoire. 254 des 336 parcelles ont été détruites totalement ou partiellement lors de cette action. C'est pourquoi un grand nombre d'essais ne pourront pas être terminés cette année.
Deux projets en cours sont consacrés à l'étude des propriétés de résistance du blé aux champignons, et six projets sont destinés à l'analyse de l'interaction des plantes avec leur environnement et aux différents aspects de la biosécurité. Un objectif de ces essais est d'analyser scientifiquement les doutes envers les OGM. Les vandales semblent tellement terrifiés à l'idée d'apprendre les résultats qu'ils préfèrent empêcher à tout prix la continuation des travaux scientifiques et de priver la société de toute base de décision.
Cet acte de vandalisme touche particulièrement les jeunes chercheurs qui ont passé des milliers d'heures dans les laboratoires et les serres à préparer les essais et à s'occuper des plantes sur le site même.
Les chercheurs concernés, les instituts de recherche, le Fonds national suisse et l'Association des paysans condamnent cette atteinte à la liberté de recherche.
Sources: "Zerstörungsaktion im Feldversuch mit gentechnisch verändertem Weizen", Communiqué de presse du Consortium-blé, 13.06.2008; "Der Schweizerische Nationalfonds verurteilt Zerstörungsaktion gegen Feldversuch mit gentechnisch veränderten Pflanzen", Communiqué de presse du FNS, 13.06.2008; "SBV verurteilt die Zerstörung des Freisetzungsversuchs in Reckenholz", Communiqué de presse de l'Union suisse des paysans, 16.06.2008, "Grosser Schaden für Feldversuch", Communiqué de presse du Consortium-blé, 25.06.2008
Texte: Jan Lucht
Traduction: J-Ph. Ruegg