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No. 103 mai 2010

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Coton Bt : Surtout les femmes en profitent dans les villages indiens
Récolte de coton en Inde
© © Photo: Ray Witlin / World
Hommes et femmes sont souvent diversement touchés par les changements sociaux tels que ceux suscités par les innovations techniques par exemple. Le remplacement des variétés de coton conventionnel par des sortes Bt en Inde est un exemple qui illustre bien un changement de grande envergure. Depuis leur introduction en 2002, les variétés transgéniques ont constamment gagné du terrain ; en 2009, elles ont couvert 87% des terres consacrées à la culture de coton. Il est vrai que les semences Bt sont chères, mais elles permettent dans la plupart des cas d'obtenir un rendement plus élevé tout en nécessitant moins de travail et moins de pesticides. En fin de compte, le bénéfice des agriculteurs est accru grâce à cette technologie. Quelles en sont les conséquences pour le revenu et la qualité de vie dans les villages ? Arjunan Subramanian et ses collègues britanniques et allemands ont analysé les conséquences économiques à l'aide d'un village modèle disposant de structures de petits paysans, de cultures de coton et d'aliments pour humains et animaux destinés à la vente et aux besoins personnels.
Pendant une année, ils ont saisi toutes les transactions économiques des 305 foyers du village Kanzara dans l'état du Maharashtra. Environ deux tiers des habitants possèdent des terres qu'ils cultivent en famille ou à l'aide de salariés. En général, les hommes sont chargés de l'entretien des plantes, alors que les travaux de récolte sont effectués principalement par les femmes. Le revenu des salariées constitue largement la plus grande partie des revenus. Il s'agit de femmes venant de familles sans terres ou travaillant pour des exploitations voisines. La croissance du rendement a mené à une augmentation de la demande en ouvrières pour la récolte de coton Bt. Par rapport aux cultures conventionnelles, le coton Bt a permis d'accroître de 55% leur revenu ; un surplus de 40 $US par hectare. D'après des estimations, les cultures de coton Bt en Inde apporteraient un revenu supplémentaire à plus de 400 millions d'ouvrières. Pour les hommes, la différence a été moins prononcée, étant donné qu'ils s'occupent plutôt des cultures lors de la croissance et que leur part des salaires est nettement moins importante que celle des femmes.
Pour les familles paysannes qui possèdent des terres, la culture de coton Bt a doublé le revenu des hommes, mais la somme totale était inférieure à celle réalisée par les nombreuses ouvrières agricoles. Cependant, avec l'introduction du coton Bt, le revenu des femmes des familles possédant des terres était inférieur. Le revenu total des familles ayant augmenté, les femmes n'étaient plus obligées de gagner de l'argent en travaillant dans les champs et ont pu se consacrer à d'autres tâches. Ainsi, l'introduction du coton Bt en Inde a permis à de nombreuses ouvrières agricoles de trouver du travail et une nouvelle source de revenu, alors que les femmes des familles propriétaires de terres ont pu se concentrer sur d'autres travaux physiquement moins éprouvants. Finalement, il semblerait que les femmes surtout bénéficient socialement et économiquement de la culture de coton Bt en Inde.
Source : Arjunan Subramanian et al. 2010, "GM crops and gender issues", Nature Biotechnology 28:404-406

Vers de terre : Pas d'effets néfastes selon une étude menée à long terme
Les vers de terre jouent un rôle important pour la décomposition de matières organiques dans le sol. Des effets négatifs dus aux plantes génétiquement modifiées auraient donc sur ces animaux des conséquences de grande envergure. Dans les études menées jusqu'à présent, les scientifiques n'ont pas observé d'effets immédiats sur les vers de terre. Cependant, même un faible impact pourrait avoir des conséquences à long terme et avoir une influence sur leur nombre et donc sur leur fonction pour les sols.
Aux Etats-Unis, des essais en plein champ ont été menés sur une période de 4 ans afin d'analyser la biomasse des vers de terre dans des champs expérimentaux de trois sortes de maïs Bt. Les chercheurs n'ont pas détecté d'effets négatifs sur les quatre espèces analysées ; ni sur les jeunes animaux, ni sur les adultes. Les chercheurs ont utilisé pour leurs tests des variétés communes de maïs Bt, capables de produire les protéines Cry1ab (contre les papillons comme la pyrale du maïs) et Cry3Bb1 (contre les coléoptères comme la chrysomèle des racines du maïs). Tel est le constat de chercheurs américains et suisses. Ils en concluent que les trois variétés de maïs représentent un faible danger pour les espèces analysées, du moins en Amérique du Nord et en Europe. D'après les scientifiques, d'autres sortes de vers de terre seraient importantes dans des zones climatiques et des écosystèmes différents, mais leur réaction au maïs Bt n'a pas encore fait l'objet de recherches. Cependant, il est impossible d'analyser les réactions de toutes les espèces de vers de terre dans le monde ; c'est pourquoi ils proposent d'évaluer les risques pour les espèces jouant un rôle déterminant dans leur écosystème respectif.
Sources : Adam R. Zeilinger et al. 2010, "Earthworm populations in a northern U.S. Cornbelt soil are not affected by long-term cultivation of Bt maize expressing Cry1Ab and Cry3Bb1 proteins", Soil Biology and Biochemistry, in press (doi:10.1016/j.soilbio.2010.04.004); "Langzeit-Studie: Anbau von Bt-Mais ohne Einfluss auf Regenwürmer", www.biosicherheit.de, 18.05.2010.

Qualité des produits : Le génie génétique a moins d'influence que les conditions de croissance
Dans quelle mesure les récoltes de plantes OGM sont-elles différentes des plantes conventionnelles ? Les études effectuées jusqu'à présent se sont concentrées sur la comparaison de quelques plantes en employant des méthodes de dépistage ultra-sensibles. On n'a pas trouvé de modifications importantes et inattendues. Ces résultats viennent d'être soutenus par une nouvelle étude nettement plus vaste, dans laquelle les chercheurs ont analysé une multitude de composants (protéines, acides aminés, sucres, acides gras, vitamines etc.), issus de sept variétés de maïs et de soja récoltées dans neuf pays sur une période de 11 saisons. On a détecté des différences minimales seulement par rapport aux variétés de contrôle cultivées dans les mêmes conditions. Il est évident que la région et le climat ont une plus grande influence sur la récolte. Par rapport à ces facteurs, les effets de la modification génétique sont pratiquement négligeables. Les auteurs de cette étude se demandent si nos processus d'autorisation d'OGM, qui mettent en avant la méthode de production (génie génétique) plutôt que la composition biochimique de la plante, sont encore d'actualité.
Source : eorge G Harrigan et al. 2010, "Natural variation in crop composition and the impact of transgenesis", Nature Biotechnology 28:402-404

Coton Bt : La culture à grande échelle déplace le spectre des ravageurs
Les écosystèmes agricoles comprennent des réseaux compliqués d'interactions entre différents êtres vivants. Un changement de méthodes de culture peut avoir des conséquences diverses qui ne sont pas toujours faciles à prévoir. Kongming Wu et ses collègues de l'Institut de protection des plantes de l'Académie des sciences de Pékin se sont penchés sur cette question en analysant du coton Bt ~ une variété qui couvre 95% de la surface consacrée au coton en Chine du nord. Le succès de cette plante est du à sa capacité de se protéger efficacement contre l'un de ses principaux ravageurs, la noctuelle du coton (Helicoverpa armigera), et au fait que les agriculteurs peuvent renoncer presque totalement aux insecticides pour combattre ces insectes.
En 2008, Kongming Wu et ses collaborateurs ont annoncé que le coton Bt diminue également la population de noctuelles dans les champs voisins, où poussent d'autres plantes utiles. Dans ces champs, le besoin en insecticides contre ce papillon a diminué ~ les voisins en profitent sans cultiver de coton Bt. Cependant, un nouveau travail des mêmes chercheurs a démontré que la culture de coton Bt n'a pas que des avantages, mais qu'elle peut provoquer un déplacement de la population de ravageurs.
La réduction considérable de l'emploi d'insecticides pour combattre la noctuelle du coton a mené à une prolifération des mirides, car elles étaient contrôlées par les mêmes insecticides. Les mirides créent elles-mêmes des dégâts et le coton Bt n'est pas protégé contre ces insectes. Dans les régions où le coton Bt est fortement répandu, les mirides doivent être combattues à l'aide d'insecticides ; ainsi, la quantité économisée grâce à au coton Bt diminue. Malgré cela, l'emploi de produits pour protéger les cultures est toujours inférieur à la quantité utilisée avant l'introduction du coton Bt. Une forte infestation d'un champ de coton par des mirides pourrait également toucher des champs voisins et y causer des dégâts.
On est donc confronté à deux tendances opposées : la noctuelle est contrôlée grâce au coton Bt et les champs servent de « pièges » qui permettent de réduire la population de ces insectes dans les environs. Mais la réduction de l'emploi d'insecticides mène à une prolifération des mirides ; les champs de coton Bt peuvent même agir comme « source » de ravageurs pour les cultures voisines. L'emploi exclusif d'une seule méthode pour contrôler les insectes nuisibles ne semble pas apporter la meilleure protection à long terme ~ une combinaison de différentes mesures coordonnées devrait être plus efficace. Les chercheurs chinois estiment que nous devrions mieux analyser et prédire les effets des cultures à grande échelle sur les populations de ravageurs, afin d'améliorer le combat contre ces insectes et de garantir la durabilité des cultures de plantes OGM.
Sources : Yanhui Lu et al. 2010, "Mirid Bug Outbreaks in Multiple Crops Correlated with Wide-Scale Adoption of Bt Cotton in China", Science 328:1151 - 1154; Kong-Ming Wu et al. 2008, "Suppression of Cotton Bollworm in Multiple Crops in China in Areas with Bt Toxin-Containing Cotton", Science 19:1676 - 1678

Biodiversité : Une étude suscite des discussions sur l'utilité de l'agriculture biologique
Il est largement admis que l'agriculture biologique est bonne pour l'environnement et la biodiversité. En effet, de nombreuses études démontrent que les champs biologiques disposent d'une plus grande biodiversité que les champs normaux. Une étude de Tim Benton et de ses collègues de l'Université de Leeds relativise ces observations et donne matière à réflexion.
Quelques études écologiques effectuées auparavant, analysant l'agriculture biologique et l'agriculture conventionnelle, ont comparé des pommes et des poires. Des petites exploitations biologiques ont été comparées à des grandes, alors que les structures et les lieux n'étaient pas comparables. Tim Benton et ses collaborateurs ont veillé dans leur étude à ce que la taille des exploitations, les produits et les conditions écologiques soient similaires. Ils ont choisi dans 16 régions britanniques une ferme biologique et une conventionnelle, aussi bien. dans des régions avec de nombreuses cultures biologiques que dans des régions avec peu de fermes bio. Les scientifiques ont analysé en détail 192 champs et ont recueilli des données sur les oiseaux, les insectes, les vers de terre et les plantes.
En moyenne, la biodiversité dans les champs biologiques dépassait de 12.4% (nombre d'espèces et d'individus) celle des champs conventionnels. Pour les papillons et les plantes, la biodiversité était plus grande dans les champs bio, alors que les abeilles semblent être indifférentes à la méthode d'exploitation. Dans les champs conventionnels, la population de syrphes dépassait de 30% celle des champs bio.
En effet, la biodiversité était en moyenne légèrement plus élevée pour les exploitations bio, mais le rendement de ces dernières était réduit de 55%. Pour ce calcul, les chercheurs ont pris comme mesure la production de céréales d'hiver cultivées par toutes les fermes étudiées. Tim Benton, directeur de l'étude, s'est exprimé dans « The Times » au sujet des résultats, en faisant référence à une productivité nettement inférieure : « Etant donné que les avantages qu'apporte l'agriculture biologique en matière de biodiversité sont faibles, le bas rendement pourrait être un luxe que nous ne pouvons pas nous offrir ~ surtout dans les régions productives du Royaume-Uni ». D'après lui, soutenir l'agriculture biologique en tant que seule et meilleure méthode ne serait pas durable. Pour répondre aux exigences de la production alimentaire dans le futur, il serait nécessaire d'intensifier la culture dans les régions les plus productives ~ pour compenser, une partie du reste des surfaces pourrait être déclarée réserve naturelle. Les stratégies pour protéger l'environnement ne devraient pas être standardisées (« one size fits all »), mais devraient plutôt tenir compte des spécificités locales.
Evidemment, ces résultats venant de Grande-Bretagne ne s'appliquent pas directement à d'autres pays disposant de différents systèmes agricoles. Il est également difficile d'évaluer les différences observées pour la biodiversité, car il n'existe pas d'échelle linéaire générale. Cependant, il existe dans d'autres pays des résultats qui relativisent la conviction largement répandue que le bio est nécessairement avantageux pour la biodiversité. L'Université de Fribourg a démontré récemment que des vignobles bio en Suisse ne disposaient pas d'une plus grande biodiversité que des vignes cultivées selon les critères de la production intégrée (PI). Pour évaluer les différentes approches agricoles, cela vaut donc la peine de comparer les méthodes de production en se basant sur des faits, et de ne pas se fier à des idées préconçues.
Sources : Doreen Gabriel et al. 2010, "Scale matters: the impact of organic farming on biodiversity at different spatial scales", Ecology Letters, in press (doi:10.1111/j.1461-0248.2010.01481.x); "Organic farming shows limited benefit to wildlife", University of Leeds Biological Research Bulletin, 05.05. 2010; "Study spikes organic food environment claims", The Times, 05.05.2010; "Keine Begünstigung der Artenvielfalt in «Bio»-Weinbergen", Université de Neuchâtel, 30.04.2010

Texte: Jan Lucht
Traduction: J-Ph. Rüegg

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