Version imprimée (pdf)
Blé résistant aux maladies fongiques: Ce n'est pas le premier essai de dissémination en Suisse
Du blé d'été génétiquement modifié a été planté le 18 mars 2004 sur huit
mètres carrés à la station de recherche Eschikon de l'EPFZ à Lindau. Un
gène a été introduit dans les plantes pour les rendre résistantes à la carie
du blé, une maladie fongique. L'objectif de cet essai est de faire de la
recherche fondamentale dans des circonstances de croissance
authentiques, afin de mieux connaître les mécanismes de résistance des
plantes aux maladies. Des informations détaillées concernant le but et le
contenu de cet essai sont publiées sur www.feldversuch.ethz.ch. De longs
tiraillements juridiques avaient précédé cet essai. Finalement, la
dissémination a été autorisée par l'ETEC au mois de février et soumise à
des réglementations strictes.
Cependant, l'essai de dissémination de blé de l'EPFZ n'est pas le premier
de ce genre effectué en Suisse; des pommes de terre Bintje résistantes à
un virus ont été testées en 1991 et 1992 sur un champ de la Station
fédérale de recherches en production végétale de Changins (VD). Les
essais de dissémination, indispensables à l'étude de plantes utiles OGM,
ont ensuite été interrompus à cause des revendications liées au processus
d'autorisation. En comparaison: plus de 40.000 essais de dissémination de
plantes génétiquement modifiées ont été effectués dans le monde lors
des 19 dernières années.
Sources: "Communiqué de presse de l'EPFZ du 18.03.2004;" P. Malnoe et al. 1994: "Small-scale field tests with transgenic potato, cv. Bintje, to test resistance to primary and secondary infections with potato virus Y", Plant Mol Biol. 25:963-975
Peupliers servant d'outil: Des arbres tansgéniques décontaminent des sols pollués par des métaux lourds
Le vent souffle sur des arbres génétiquement modifiés dans plusieurs
régions d'Europe. Ceux-ci poussent pour une bonne cause: ils sont
destinés à décontaminer des sols pollués sur d'anciens sites industriels ou
d'anciens emplacements de décharge.
Les peupliers conviennent spécialement pour remplir cette fonction, car ils
poussent vite, ils produisent des racines profondes et ils absorbent
naturellement des métaux lourds du sol. Des gènes issus de bactéries,
servant à la désintoxication, peuvent être implantés dans les peupliers
afin d'éviter une autocontamination. Les métaux lourds sont ainsi déposés
sous forme moins toxique à l'intérieur de la plante et peuvent être
éliminés sans traitements importants du sol, simplement en abattant les
arbres.
Des scientifiques de l'Université de Fribourg-en-Brisgau mènent en ce
moment des recherches à grande échelle sur l'ancienne aire d'exploitation
de cuivre Mansfelder Land. Des peupliers génétiquement modifiés,
produisant une quantité plus importante de la substance décontaminante
glutathion, ont été plantés sur une surface clôturée de 50 x 50 mètres.
Trois différents types d'emplacements ont été choisis: des sites pollués
faiblement, moyennement et fortement. La croissance des arbres ainsi
que leur stabilité génétique et l'absoption de métaux lourds seront
examinés sur plusieurs années. L'essai sera terminé avant que les arbres
fleurissent, afin d'éviter une dissémination involontaire. Sous serre, les
arbres ont absorbé plus de 15% du cadmium présent dans le sol pollué
des résultats similaires en plein champ seraient un grand succès.
Un projet d'assainissement des sols à l'aide de peupliers génétiquement
modifiés est en cours actuellement aux Etats-Unis. Ces arbres contiennent
e transgène merA qui les aide à extraire du sol des composés de mercure
hautement toxiques.
Sources: "Bodenentgiftung mittels gentechnisch veränderter Pappeln: Bewährungsprobe im Freiland" (www.biosicherheit.de); C. L. Rugh et al. 1998, "UGA researchers use transgenic trees to help clean up toxic waste site", University of Georgia Medienmitteilung, 10. September 2003
Maïs génétique: Le gouvernement britannique autorise la culture
Après avoir pesé le pour et le contre, le gouvernement britannique a
autorisé la culture de maïs génétiquement modifié résistant aux
herbicides. La ministre de l'environnement Margaret Beckett a expliqué
cette décision devant la Chambre basse le 9 mars, en évoquant qu'il
n'existe aucun indice que ces aliments soient nocifs pour la santé des
humains et des animaux. De plus, de larges expériences en plein champ
auraient montré que la culture de cette variété de maïs ("Chardon LL-
Aventis T25") a des effets bénéfiques pour l'environnement. Madame
Beckett a souligné que l'autorisation de nouvelles variétés serait décidée
cas par cas et que l'adaptation des plantes à l'environnement est un
critère important. Les autorisations antérieurement accordées seront
révisées si les circonstances l'exigent. Des règles appropriées concernant
la coexistence entre cultures OGM et cultures conventionnelles, élaborées
actuellement en Grande-Bretagne, feraient partie des conditions pour
cultiver de telles plantes.
Une culture commerciale en Grande-Bretagne est prévue au plus tôt en
2005.
Sources: "Margaret Beckett outlines precautionary approach to GM crops", Communiqué de presse du Ministère de l'environnement, de l'alimentation et des affaires rurales DEFRA du 9 mars 2004; "Britische Regierung erlaubt Anbau von gv-Mais", www.biosicherheit.de, 11. März 2004.
La chrysope verte, un insecte auxiliaire: Aucun danger dû à l'insecticide à base de maïs Bt
La chrysope verte, avec ses fines ailes réticulées et ses yeux dorés, n'est
pas seulement un plaisir pour les yeux. Ses larves, également appelées
"lions des pucerons", sont des auxiliaires particulièrement importants qui
se nourrissent de centaines de pucerons et autres parasites lors de leur
croissance. Des rapports apparus il y a quelques années, prétendant que
le maïs Bt peut nuire à ces insectes auxiliaires, étaient d'autant plus
déconcertants. Cette variété de maïs est cultivée dans de nombreux pays
sur de grandes superficies.
Une nouvelle information génétique a été implantée dans cette variété de
maïs; la plante peut alors se protéger elle-même contre des ravageurs à
l'aide d'un procédé de biologie moléculaire, grâce auquel la plante produit
la "protéine Bt", un insecticide naturel. Il est important que la plante se
protège spécifiquement contre les ravageurs comme la chrysomèle des
racines du maïs, sans nuire aux insectes utiles. Des larves de chrysope
verte ont été nourries de larves de mites et celles-ci nourries de maïs Bt.
Par la suite, les larves de chrysomèle se sont développées plus lentement
et leur mortalité a augmenté. On a alors craint que la protéine Bt puisse
se propager par la chaîne alimentaire et nuire de cette manière à des
organismes non visés. La Station fédérale de recherches FAL Reckenholz,
qui a également publié la première étude, a effectué des expériences
approfondies prouvant qu'il n'y a pas lieu de craindre des problèmes à ce
sujet. Pour ces expériences, des larves de chrysopes ont été nourries
directement de protéines Bt dissoutes dans de l'eau sucrée; aucun effet
négatif n'a été constaté. Les larves de chrysope se sont développées
même après avoir absorbé une quantité de protéines Bt 10'000 fois
supérieure à la quantité présente dans les larves de mites. Il est donc fort
improbable que la protéine Bt ait un effet négatif sur les chrysopes.
S'y ajoute le fait que les larves de la chrysope verte se nourrissent de
pucerons dans leur milieu naturel et que les larves de mites ne jouent
pratiquement aucun rôle dans leur alimentation. Les auteurs de cette
étude en concluent que la culture de maïs Bt génétiquement modifié
présente un risque minimal pour la chrysope verte.
Sources: J. Romeis et al. 2004, "Bacillus thuringiensis toxin (Cry1Ab) has no direct effect on larvae of the green lacewing Chrysoperla carnea", J. Insect Physiol. 50:175-183; A. Dutton et al. 2003, "Assessing the risks of insect resistant transgenic plants on entomophagous arthropods: Bt-maize expressing Cry1Ab as a case study", BioControl 48:611-636
Préavis: "Journées de la recherche en génétique" en mai et juin 2004
Les "Journées de la recherche en génétique" auront lieu pour la sixième
fois cette année et auront pour thème le "génie génétique dans notre
quotidien". Diverses manifestations publiques auront lieu dans plusieurs
villes de Suisse. Les chercheurs y montreront les différents domaines dans
lesquels le génie génétique joue un rôle important: médecine, ménage,
production industrielle, criminalistique, environnement, agriculture et
alimentation. Des discussions, des exposés et des visites de laboratoires
feront partie du programme. De plus, les personnes intéressées auront la
possibilité unique de participer à une journée de stage en laboratoire et
d'observer les scientifiques pendant leur travail, voire de participer à des
expériences.
Vous trouverez le programme actuel des "Journées de la recherche en génétique" sur http://www.jours-du-gene.ch/, où vous pouvez dès maintenant vous inscrire aux stages en laboratoire.
Texte: Jan Lucht
Traduction: J-Ph. Ruegg