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No. 84 octobre 2008

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Maïs Bt en Europe : Les cultures augmentent dans les pays qui laissent le choix aux agriculteurs
En 2008, la culture de maïs Bt a de nouveau progressé dans les sept pays européens qui laissent aux agriculteurs le choix entre le maïs OGM et non OGM. Dans ces pays, la surface agricole consacrée aux plantes transgéniques résistantes à la pyrale du maïs s'est accrue de 21% et correspond aujourd'hui à 107,719 ha. Malgré l'opposition de paysans concernés, la France a décidé, pour des raisons politiques, d'interdire cette année la culture de maïs Bt. En 2007, la surface s'élevait à 21'147 ha dans ce pays. Sans la France, la surface totale de maïs Bt en Europe a diminué de 2%.

Anbau von BT-Mais in Europa 2008
dates: EuropaBio, grafique: www.internutrition.ch

Le taux de croissance a été particulièrement élevé en Roumanie, en Pologne, en Slovaquie et en République Tchèque. L'Espagne, pays cultivateur de maïs Bt depuis 11 ans, a connu une croissance de 5% et reste le principal producteur en Europe avec une surface de 79,269 ha. Pourquoi les paysans espagnols cultivent-ils les plantes biotechnologiques ? Une étude publiée cet été par la Commission Européenne s'est penchée sur cette question. Les raisons principales étaient l'amélioration du rendement, la réduction du travail et de l'emploi de produits chimiques ainsi que l'augmentation des bénéfices.
La culture de plantes transgéniques se réduit dans l'UE à une seule variété de maïs, le MON810. Malgré des progrès considérables dans ce domaine, la dernière autorisation d'une variété OGM remonte à dix ans. 19 demandes d'autorisation attendent actuellement la décision des autorités européennes - certaines depuis des années.
Sources: "Latest figures show that more EU farmers choose to grow biotech crops to boost their competitiveness, but are the EU's Ag Ministers listening?", EuuropaBio press release, 29.09.2008; "Gv-Pflanzen in der EU 2008: Anbau von gv-Mais auf etwa 108.000 Hektar", www.transgen.de, 09.10. 2008; Manuel Gómez-Barbero et al 2008, "Adoption and performance of the first GM crop introduced in EU agriculture: Bt maize in Spain", European Commission JRC-IPTS Report 22778 EN

Aliments fonctionnels : Tomates violettes contre le cancer
Del/Ros1-Tomaten
Comparaison entre des tomates conventionnelles (en haut) et des tomates Del/Ros1 (en bas). La couleur violette des fruits transgéniques provient d'une forte concentration en anthocyane.
Reprinted by permission from Macmillan Publishers Ltd: Butelli et al. 2008, Nature Biotechnology advance online publication, 26.10.2008 (doi:10.1038/nbt.1506)
Les nutritionnistes conseillent de manger cinq fruits ou légumes par jour pour garantir un apport optimal en vitamines et autres nutriments bénéfiques pour la santé. Mais soyons honnêtes : qui est-ce qui réussi à consommer régulièrement des fruits et des légumes ? Des études ont démontré que malgré des années de campagnes d'information, une petite partie de la population seulement suit ce conseil. Etant donné qu'il est difficile de changer de comportement alimentaire, les scientifiques ont cherché un autre chemin : ils essaient de modifier et d'adapter à nos besoins la qualité et la composition des aliments disponibles.
On sait depuis longtemps que les anthocyanes possèdent de nombreuses propriétés bénéfiques pour la santé - elles nous protègent contre certains types de cancer, contre les maladies cardio-vasculaires et contre les maladies dégénératives liées à l'âge. En outre, il existe des indications qui laissent supposer que les anthocyanes disposent également de propriétés anti-inflammatoires, qu'elles améliorent la vue et qu'elles ont un effet préventif contre l'obésité et le diabète. L'anthocyane est un colorant bleu largement répandu dans la nature, que l'on retrouve dans de nombreuses fleurs, mais aussi dans des fruits comme les mûres, les myrtilles ou le cassis.
Les tomates sont cultivées et consommées dans de nombreux pays, mais elles ne contiennent pas ou très peu d'anthocyanes. Une augmentation de la teneur en anthocyanes pourrait être avantageuse pour un grand nombre de consommateurs. Jusqu'à présent, les méthodes de culture classiques n'ont apporté qu'une faible augmentation de la teneur en anthocyane dans la peau des tomates.
Un groupe de chercheurs britanniques, italiens, allemands et néerlandais, sous la direction de Cathie Martin du centre John Innes (Norwich), ont tenté d'augmenter la teneur en anthocyane du fruit entier de la tomate. Pour cela, ils ont choisi une approche du génie génétique. Etant donné qu'un grand nombre d'enzymes participent à la synthèse d'anthocyane, les chercheurs ont estimé qu'il serait avantageux d'introduire dans les tomates des gènes régulateurs. Ces derniers sont capables d'activer dans les fruits des voies métaboliques déjà présentes, mais inactives auparavant. Il est ainsi possible d'activer ou de modifier des voies métaboliques entières. Cathie Martin et ses collaborateurs ont transmis aux tomates deux gènes régulateurs, Del et Ros1. Ces gènes sont issus du muflier, une plante ornementale, et déterminent la couleur des fleurs. Cependant, les chercheurs ne voulaient pas modifier les fleurs de tomates, mais les fruits. C'est pourquoi la lecture des gènes régulateurs a été déclenchée par le gène promoteur E8 de la tomate, responsable de la lecture des gènes dans les fruits. Pour faciliter le travail, les chercheurs ont d'abord introduit les gènes dans des tomates MicroTom, une variété naine qui pousse rapidement. Les fruits des plantes transgéniques étaient en effet de couleur violet foncé. Le même processus a été utilisé avec succès pour d'autres variétés de tomates comestibles. La couleur foncée s'est manifestée comme prévu dans la peau et dans la chair. Des analyses biochimiques ont démontré que la couleur foncée provient en effet d'une teneur accrue en anthocyane - les fruits de tomates en contenaient au moins deux fois plus que les mûres.
Les tomates violettes pourraient-elles réellement posséder des effets bénéfiques pour la santé ? Lors d'un essai-pilote, les chercheurs ont testé les effets sur une espèce de souris fortement prédisposées au cancer. En raison d'un défaut génétique (p53), qui joue également un rôle pour le développement de nombreuses formes de cancer chez les humains, l'ADN des animaux devient moins résistante aux dommages oxydatifs. Par conséquent, les souris développent rapidement différentes tumeurs et vivent moins longtemps. Ces animaux servent souvent de modèle pour le développement de tumeurs chez les humains. Les souris ont reçu une nourriture standard ainsi que de la poudre de tomates séchées ; il s'agissait de tomates transgéniques violettes ou, pour comparer, de tomates conventionnelles rouges. L'espérance de vie des animaux de contrôle a été de 146 jours, celle des animaux nourris de tomates enrichies en anthocyane de 182 en moyenne - donc nettement plus longue.
Le mécanisme qui prolonge la vie des souris n'est pas encore clair. En outre, on ne sait pas encore dans quelle mesure ces résultats sont valables pour les humains et quelles sont les autres propriétés bénéfiques pour la santé de ces tomates OGM. Ces questions, parmi d'autres, sont traitées actuellement. Cathie Martin s'est exprimée à ce sujet : « Il s'agit vraisemblablement du premier organisme génétiquement modifié qui apporte des avantages pour tous les consommateurs. La prochaine étape sera de tester les propriétés des tomates sur des volontaires, afin de savoir si la santé des humains peut être préservée à l'aide de stratégies alimentaires. »
Sources: Eugenio Butelli et al. 2008, "Enrichment of tomato fruit with health-promoting anthocyanins by expression of select transcription factors", Nature Biotechnology advance online publication, 26.10.2008 (doi:10.1038/nbt.1506); "Purple tomatoes may keep cancer at bay", John Innes Centre News release, 27.10.2008

Coton Bt : La culture au Burkina Faso présente des avantages économiques
On sait depuis cet été que la culture à grande échelle de coton Bt est prévue au Burkina Faso pour 2009 - elle couvrira probablement un tiers de la surface agricole destinée au coton (voir POINT No. 81 - juillet 2008). Les résultats positifs des essais en plein champ, qui ont servi de base pour cette décision, viennent d'être publiés.
Deux stations d'essais situées dans différentes parties du pays ont comparé pendant une période de trois ans des plants de coton conventionnel et des plants de coton « Bollgard II », une variété de coton dotée de deux gènes Bt. Ces plantes sont protégées contre le principal ravageur du coton, la noctuelle H. armigera, mais pas contre d'autres ravageurs. C'est pourquoi les chercheurs n'ont pas pu renoncer totalement aux traitements insecticides. Toutefois, le coton Bt n'a été traité que deux fois, alors que les plantes conventionnelles nécessitent six traitements. Etant donné que les noctuelles ont développé une résistance aux insecticides employés ces dernières années, les chercheurs ont observé pour les plantes conventionnelles une réduction des noctuelles de 30% seulement; pour les plantes Bt, un tiers des traitements insecticides a suffi pour réduire de 90% les dégâts causés par ce ravageur. Grâce à cette technologie, le rendement du coton a pu être accru de 15%. Les chercheurs estiment que le rendement pourrait être plus important dans les parties du pays encore plus touchées par les ravageurs. Malgré les coûts des semences Bt plus élevés, il serait possible d'obtenir un bénéfice plus important. Cela grâce à une réduction de deux tiers des dépenses pour les insecticides coûteux, à une diminution du temps de travail et à un meilleur rendement. Le coton Bollgard II pourrait rapporter entre 79 et 154 $US de plus par hectare que le coton conventionnel - un argument de poids pour un pays pauvre, pour lequel l'exportation de coton représente une source de revenu importante.
Source: Jeffrey Vitale et al. 2008, "Second-Generation Bt Cotton Field Trials in Burkina Faso: Analyzing the Potential Benefits to West African Farmers", Crop Science 48:1958-1966

Acceptation : Les consommateurs achètent des produits OGM quand on leur laisse le choix
Selon des sondages, la plupart des consommateurs seraient critiques envers les aliments OGM, raison pour laquelle certains pays européens ont décidé de renoncer à ces produits dans l'assortiment des magasins. De telles enquêtes reflètent-elles réellement le comportement des consommateurs ? Des données fiables, prélevées dans un environnement commercial quotidien, n'étaient pas disponibles jusqu'à présent. CONSUMERCHOICE, un projet soutenu par l'UE, auquel participent des chercheurs de dix pays européens différents ainsi que le Bureau européen des unions des consommateurs (BEUC), vient de présenter de nouveaux résultats : les consommateurs achètent des aliments OGM quand ils se trouvent dans les rayons des magasins.
Dans six pays européens (République Tchèque, Estonie, Pays-Bas, Pologne, Espagne et Grande-Bretagne), des produits OGM déclarés selon la loi sont disponibles dans les rayons des supermarchés. Il s'agit souvent d'huile ou de margarine à base de soja. De toute évidence, ces produits sont achetés, sinon ils auraient déjà été retirés. Une analyse sur le comportement de 41,000 consommateurs dans l'UE a démontré qu'aux Pays-Bas, par exemple, un consommateur sur dix a acheté des produits déclarés OGM l'année dernière - un chiffre étonnant, étant donné que le choix de tels produits est plutôt limité. Une partie seulement des consommateurs étaient conscients qu'il s'agissait de produits OGM, car la liste des ingrédients est rarement étudiée. Bien qu'un grand nombre de consommateurs expriment des doutes envers les OGM, il est rare qu'ils refusent délibérément de les acheter. En revanche, 20% seulement des personnes qui ont acheté du lait « sans OGM » en Allemagne ont indiqué ce critère comme raison principale, 80% ont cité d'autres raisons. Apparemment, les OGM influencent le comportement d'achat d'une minorité seulement - les consommateurs achètent des produits OGM quand on leur laisse le choix.
Dans les pays où les OGM sont autorisés, mais non disponibles, la situation devrait être la même. Pour le prouver, des stands expérimentaux qui proposaient en Suisse du pain de maïs OGM clairement étiqueté, ont été mis en place en été 2008, dans le cadre du programme de recherche PNR59. Les résultats de ces essais sont analysés actuellement, mais on peut déjà affirmer que le pain OGM n'a pas été rejeté catégoriquement par les consommateurs.
Sources: "Do European Consumers Buy GM Foods?" - Consumerchoice project homepage, King's College, London; "NFP59-Projekt: Gentechnisch veränderte Nahrungsmittel - Wie skeptisch sind die Konsumenten wirklich?", Site internet PNR59.

PNR59 : La première édition de la newsletter contient des informations sur des projets de coexistence
Le Programme national de recherche PNR59 « Utilité et risques de la dissémination de plantes génétiquement modifiées » traite les aspects économiques, juridiques et biologiques de la coexistence. Tels sont également les sujets principaux de la newsletter actuelle. Cette dernière peut être lue et commandée sur le site www.pnr59.ch

Texte: Jan Lucht
Traduction: J-Ph. Rüegg

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