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Bananes: Un gène de poivron aide à combattre une maladie dévastatrice / essais de plantes transgéniques effectués en Ouganda
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Bananiers touchés
par le flétrissement
bactérien
© Photo: International Institute of Tropical Agriculture IRRI / flickr.com |
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Des bananiers luxuriants commencent soudain à se flétrir, les feuilles se dessèchent et les fruits pourrissent. Lorsque les parties infectées sont coupées, on remarque un liquide bactérien muqueux de couleur jaune pâle. Le flétrissement bactérien du bananier peut se propager rapidement et infecter des récoltes entières. Il est généralement déjà trop tard quand les agriculteurs concernés constatent l'invasion; les plantes meurent dans l'espace de quelques semaines. Il n'existe pas de traitement pour sauver les plantes infectées. Cette maladie causée par la bactérie Xanthomonas campestris est transmise par des insectes et a été observée pour la première fois en Ethiopie il y a 40 ans. Depuis, elle s'est vite répandue sur d'autres zones cultivées en Afrique. Elle met en danger l'existence de millions de petits paysans et menace la sécurité alimentaire de différentes couches de la population, car les bananes sont un aliment de base dans de nombreuses régions d'Afrique. Pour plus de 100 millions de personnes, les multiples variétés de bananes représentent largement un quart de l'apport en nourriture - cuites et sous forme de bière. La situation est particulièrement problématique en Ouganda, où la population de certaines régions consomme jusqu'à 500 kg de bananes par personne et par an, et où la maladie touche parfois 60% des cultures.
La prévention et le combat contre le flétrissement bactérien sont coûteux et peu fiables. Des essais sur de nombreuses plantes ont démontré que toutes les variétés locales analysées sont sensibles à la maladie, et que la culture de sortes naturellement résistantes n'offre pas de solution. Par conséquent, la scientifique Leena Tripathi et ses collaborateurs du National Institute of Tropical Agriculture IITA à Kampala (Ouganda) ont choisi une autre approche pour développer des bananes résistantes - ce avec grand succès.
Grâce à la transmission d'un gène de paprika (Hrap) responsable de la défense contre les agents pathogènes, les chercheurs ont réussi à développer des bananiers entièrement protégés contre les dangereuses bactéries à l'issue d'essais sous serre. Alors que les plantes-contrôle non traitées ont développé les premiers symptômes deux semaines après l'infection bactérienne artificielle et sont mortes dans l'espace de cinq semaines, les bananiers transgéniques étaient en pleine santé même après huit semaines. A part cela, l'aspect des plantes modifiées ne se distinguait nullement des plantes non modifiées. Ce mois-ci, les premiers essais en plein champ sont prévus en Ouganda; leur objectif est d'analyser plus précisément la résistance des bananiers aux bactéries dans des conditions naturelles. En outre, les chercheurs voudraient savoir si les plantes sont sensibles à d'autres maladies ou champignons - il est possible que le gène issu du poivron les rende plus résistantes en général.
Les chercheurs profiteront des essais en plein champ ougandais pour tester également des variétés de bananes OGM enrichies en vitamine A et en fer, dont l'objectif est de combattre la cécité et la carence en fer dans les régions rurales. Au total, neuf pays africains effectuent des essais en plein champ de plantes transgéniques - il s'agit souvent de produits locaux comme le manioc, le mil ou la patate douce. Cependant, le moment où ces résultats prometteurs seront mis en pratique est encore incertain. Dans des pays comme l'Ouganda, les bases légales pour cultiver des OGM à grande échelle sont inexistantes. En Afrique du Sud, au Burkina Faso et en Egypte, la culture commerciale d'OGM se pratique déjà. Le Kenya s'y ajoutera en 2012.
Sources: Leena Tripathi et al. 2010, "Expression of sweet pepper Hrap gene in banana enhances resistance to Xanthomonas campestris pv. musacearum", Molecular Plant Pathology 11:721-731; "Uganda prepares to plant transgenic bananas", Nature News, 1. 10. 2010 (doi:10.1038/news.2010.509); "Uganda starts 'historic' trials on GM staple crops", SciDev.Net, 5. 10. 2010
Maïs Bt: Economies substantielles pour les producteurs de plantes OGM et non OGM aux Etats-Unis
En 1917, la pyrale du maïs européenne a été introduite accidentellement aux Etats-Unis et s'est répandu à une vitesse fulgurante. En quelques années seulement, ces mites et leurs larves voraces et difficiles à combattre sont devenues le ravageur du maïs le plus répandu - les dommages causés aux récoltes sont estimées à un milliard de dollars par an.
Depuis 1996, les agriculteurs américains ont eu recours à des semences de maïs transgénique résistant à la pyrale. Ce dernier est capable de produire la protéine Bt et de se protéger contre les ravageurs. Ainsi, les pertes de récolte peuvent être évitées tout en réduisant le travail nécessaire pour combattre les insectes nuisibles. Grâce à ces propriétés convaincantes, le maïs Bt a vite été adopté; aux Etats-Unis, il a été cultivé sur 22 millions d'ha en 2009, ce qui correspond à 63% de la surface totale consacrée au maïs. Quelles ont été les conséquences économiques de ce changement de stratégie pour combattre les ravageurs, et qui en a profité? Un groupe de chercheurs américains autour de l'entomologiste Prof. William Hutchinson de l'Université du Minnesota a recueilli pour les 14 dernières années de culture des données sur la pyrale du maïs et les dommages causés.
Dans les cinq états produisant les plus grandes quantités de maïs, les cultivateurs utilisant des plantes Bt ont économisé pendant cette période 2,6 milliards de dollars, bien que les semences biotechnologiques soient plus chères que les sortes conventionnelles. Grâce à l'efficacité de la protéine Bt contre la pyrale du maïs et à la progression des cultures de plantes Bt, l'infestation par la pyrale a diminuée dans de nombreuses régions. Au Minnesota, par exemple, une réduction de presque trois quarts a été constatée - cela non seulement sur les champs de maïs Bt, mais aussi sur les champs voisins de maïs conventionnel. Les champs de maïs OGM fonctionnent comme des pièges dont profitent les régions environnantes. Effet surprenant: les cultivateurs de maïs conventionnel ont économisé 4,3 milliards de dollars grâce à la réduction des dommages aux récoltes, donc plus que les producteurs de plantes OGM, qui ont dépensé plus d'argent pour les semences. Au total, les cinq états ont économisé grâce au maïs Bt 6,9 milliards de dollars sur une période de 14 ans. Les avantages réels sont vraisemblablement encore plus importants, car la pyrale est un vrai goinfre qui s'attaque aussi à d'autres cultures. Cependant, cet aspect n'a pas été traité dans ce projet de recherche.
Malgré des années de culture de maïs Bt, on n'a jamais observé de pyrales résistantes au Bt - un développement tout à fait possible d'un point de vue biologique. Une méthode importante pour régler la résistance est de cultiver sur une partie du champ des variétés de maïs conventionnel, car l'emploi exclusif de maïs Bt favoriserait le développement de résistances chez les ravageurs - les agriculteurs américains sont d'ailleurs obligés par contrat de s'y tenir. Des résultats scientifiques récents ont démontré que ces mesures sont également intéressantes au point de vue économique: elles sont avantageuses financièrement et contribuent à éviter les résistances à long terme.
Sources: William D. Hutchison et al. 2010, "Areawide Suppression of European Corn Borer with Bt Maize Reaps Savings to Non-Bt Maize Growers", Science 330:222 - 225 ; "Science: Planting Both GM and Unmodified Crops Pays Off", AAAS News release, 7. 10. 2010; "Benefits of Bt - Growers of non-Bt corn reap savings from Bt cornfields, study shows"; University of Minnesota News Feature, 7. 10. 2010
Coexistence: Recommandations du Bureau européen de la coexistence (ECoB) pour la culture de maïs
Pour soutenir les pays membres de l'UE, le Bureau européen de la coexistence (ECoB), créé par la Commission européenne, a émis des recommandations pour la culture de maïs transgénique. Ces dernières reposent sur des bases scientifiques et ont été développées en collaboration étroite avec des groupes de travail de l'agriculture conventionnelle et biologique et des organisations environnementales, tout en tenant compte du développement rural.
La principale mesure pour soutenir la coexistence est de restreindre la transmission de gènes par la voie aérienne. Pour respecter le seuil d'étiquetage de 0,9%, l'organisation conseille de garder une distance d'isolation entre les champs OGM et non OGM de 15 à 50m pour le maïs grain, et de 0 à 25m pour le maïs ensilage. Il existe également des recommandations visant à obtenir un pourcentage inférieur - par exemple au cas où la récolte contiendrait déjà une part d'OGM. Des bandes de maïs conventionnel pourraient réduire de moitié les distances minimales d'isolation recommandées. Dans les pays de la Méditerranée et des Balkans, la culture successive des différentes variétés de maïs s'impose, car un moment différent de floraison réduit considérablement l'apport de pollen extérieur. Cela n'est pas possible dans les pays nordiques en raison des périodes de végétation plus courtes. En outre, il est nécessaire d'éviter le mélange de maïs OGM et non OGM lors du transport et du stockage.
Elaborées par des cultivateurs et des scientifiques, les distances d'isolation recommandées par le Bureau de coexistence sont nettement inférieures à celle que l'on retrouve actuellement dans de nombreux pays européens (p.ex. au Luxembourg: 600m). Il semble que les réglementations nationales de coexistence soient basées sur des intérêts politiques plutôt que sur des faits scientifiques (voir POINT Nr. 106 Août 2010). De toute manière, les discussions politiques et les conditions pour la culture de plantes transgéniques sont dures et lentes: des propositions de la Commission européenne de juillet 2010, selon lesquelles les états membres de l'UE auraient le droit d'interdire la culture d'OGM sans raisons particulières et sans arguments scientifiques, ont été sévèrement critiquées lors de la conférence des ministres de l'Agriculture du 27.9.2010. D'importants pays membres comme la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne se sont opposés à la proposition, car cette dernière provoquerait non seulement des conflits avec l'OMC, mais elle remettrait aussi en question d'importantes valeurs de l'Union européenne comme le marché commun et la politique agricole commune. Un groupe de travail est chargé de déterminer comment procéder - une solution rapide n'est pas en vue.
Sources: "GMO / Research: Report on concrete measures to avoid mixing of GM and conventional maize", EU RAPID press release, 27. 9. 2010; "Genetically modified maize cultivation: Measures to avoid mixing of GM and conventional maize", www.gmo-safety.eu, 28.9.2010; European Coexistence Bureau (ECoB), 2010: "Best Practice Documents for coexistence of genetically modified crops with conventional and organic farming: 1. Maize crop production"
Denrées alimentaires: Minimes traces d'OGM dans un quart des produits à base de soja, règles d'étiquetage le plus souvent respectées
La culture de soja Roundup Ready tolérant à un herbicide connaît un boom dans les principaux pays producteurs d'Amérique du Nord et du Sud - plus de 75% du soja produit dans le monde est génétiquement modifié. En Suisse et dans l'UE ces plantes ont été examinées et autorisées comme aliment en 1996 déjà. La loi impose l'étiquetage pour des aliments consciemment produits à base d'OGM. Pour les traces d'OGM inconsciemment ajoutées et inférieures à 0,9%, l'étiquetage n'est pas nécessaire. Dans le commerce alimentaire suisse, des produits étiquetés en tant qu'OGM n'existent pas, dans l'UE ils sont rares.
Dans l'intérêt du libre choix des consommateurs et pour éviter la tromperie, les autorités testent régulièrement à l'aide de méthodes d'analyse ultra-sensibles si les règles d'étiquetage pour les aliments OGM sont respectées. Cet automne, le laboratoire cantonal de Bâle-Ville a publié les résultats d'analyses sur les aliments à base de soja. 66 échantillons (tofu, farine ou flocons de soja, boissons) sans déclaration OGM ont été examinés. Dans aucun aliment testé les chercheurs n'ont trouvé plus de 0,9% de soja OGM - tous les échantillons étaient conformes aux réglementations. Cependant, dans à peu près un quart des échantillons de soja, les scientifiques ont trouvé des traces de soja OGM, en général moins de 0,1%. Des traces de soja OGM autorisé ont été détectées dans 10 échantillons sur 35 (29%) pour le soja cultivé de façon conventionnelle. Pour le soja de culture biologique, les chercheurs ont trouvé des traces d'OGM dans 7 échantillons sur 30 (23%). Des résultats similaires ont été obtenus en Allemagne.
Les règles d'étiquetage de produits OGM sont donc bien respectées. Par contre, on retrouve fréquemment des traces de variétés de soja OGM autorisé et sans risques pour la santé. Etant donné que le soja OGM est cultivé mondialement, il est difficile d'exclure toute trace, p.ex. lors du transport ou de la transformation. Même les producteurs biologiques renoncent au soja entièrement libre d'OGM en raison des coûts et des travaux de contrôle démesurés. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit, pour les traces détectées par le laboratoire cantonal, de soja OGM autorisé - du soja OGM non autorisé n'a jamais été retrouvé.
Les systèmes de contrôle fonctionnent parfaitement, comme le montre l'exemple d'une variété de lin OGM non autorisée. Cette dernière avait été retrouvée en automne 2009 dans des cargaisons importées en Europe, ainsi que dans 10% des échantillons recueillis en Suisse. Lors d'un contrôle par le laboratoire cantonal de Bâle en 2010, couvrant une quantité de 120 tonnes originaires de sept pays différents, les chercheurs n'ont trouvé aucune trace de lin OGM - manifestement, les mesures immédiatement prises par le commerce se sont révélées efficaces et ont empêché une nouvelle importation de la variété non-autorisée.
Sources: "Bericht: Sojaprodukte und Produkte mit Zutat Soja / Gentechnisch veränderte Organismen (GVO) und Kennzeichnung", Kantonales Laboratorium Basel-Stadt, 10.9.2010; "Bericht: Leinsamen / Gentechnisch veränderte Organismen (GVO)", Kantonales Laboratorium Basel-Stadt, 10.9.2010; "Lebensmittelüberwachung Deutschland 2009: Jedes vierte Soja-Produkt mit GVO-Spuren", www.transgen.de, 23.9.2010
Texte: Jan Lucht
Traduction: J-Ph. Rüegg