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No. 118 séptembre 2011

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Biofortification : Développement de riz riche fer et en zinc pour combattre la carence en micronutriments
Larve de pyrale du
maïs
Larve de pyrale du maïs. Les chenilles nuisent mondiale- ment aux cultures de maïs
Photo Cobi Smith, Copyright © 2011 The University of Adelaide
Le riz rassasie ~ il s'agit de l'aliment de base le plus important pour près de la moitié des êtres humains. Cependant, si le riz est une source de calories de valeur, il contient peu de substances minérales et de vitamines, comme par exemple le fer, le zinc ou la vitamine A. "La faim cachée" menace les populations qui se nourrissent principalement de riz, ce qui est fréquent dans les pays en voie de développement. Malgré l'apport suffisant en énergie, le corps ne reçoit pas toutes les substances nécessaires pour le bien-être et une bonne santé. Le manque de fer fait partie des carences les plus courantes, provoquant des troubles du développement, l'affaiblissement du système immunitaire et l'anémie. Plus de deux milliards d'êtres humains souffrent de carence en fer.
Parmi les céréales les plus répandues, c'est le riz qui contient le moins de fer. En effet, la teneur en fer a été augmentée grâce à des programmes de culture conventionnelle, mais les variétés disponibles ne couvrent que la moitié du besoin quotidien en fer d'une personne qui se nourrit principalement de riz. Davantage d'améliorations sont difficilement réalisables, car on n'a pas trouvé dans la nature d'autres variétés de riz riches en fer pouvant servir de base pour des programmes de culture. Cela malgré des recherches intensives.
Plusieurs approches ont été suivies à l'aide de la biotechnologie, visant à améliorer la teneur en fer des grains de riz. Ainsi, issus d'autres plantes, des gènes responsables des systèmes de transport et d'accumulation de fer ont été transmis au riz. Grâce à cette méthode, la teneur en fer s'est accrue considérablement, mais elle était toujours inférieure à 14,5 microgrammes par gramme de riz poli, valeur conseillée par les experts.
Le riz même comporte plusieurs gènes qui participent à l'absorption de fer par le sol et au transport à l'intérieur de la plante. Selon les besoins, ces gènes sont actifs ou inactifs. De cette façon, la plante assure son approvisionnement en fer - assez pour ses propres besoins, mais pas assez pour les humains. Plusieurs gènes de riz sont responsables de la production de nicotinamide (NA). Cette dernière se fixe aux ions de métaux comme le fer et permet le transport dans la plante. Que se passerait-il si ces gènes ne pouvaient plus être inactivés, et que la plante produise constamment la substance de transport NA? Alexander Johnson et ses collègues de plusieurs instituts de recherche australiens ont répondu à cette question. Ils ont utilisé trois gènes de riz responsables de la synthèse de nicotinamide (OsNAS1 à -3). En laboratoire, ils ont modifié les éléments de régulation des gènes de manière à ce que ces derniers soient constamment lus, et les ont retransmis aux plantes de riz. Les plantes modifiées ont produit davantage de nicotinamide et les grains de riz polis avaient une concentration de fer nettement accrue. Certaines lignées disposaient même d'une teneur en fer de 19 microgrammes par gramme, et ont surpassé la quantité conseillée par les experts. Il s'agit de la plus forte concentration en fer jamais atteinte par une méthode de culture. En outre, le teneur en zinc, un autre micronutriment important, avait également augmenté. Etant donné qu'il s'agit d'une approche facile à réaliser en ajoutant un gène de riz modifié seulement, il serait possible de produire de nouvelles sortes adaptées aux conditions locales. Dans une prochaine étape, les chercheurs veulent tester la biodisponibilité du fer présent dans ces plantes de riz, tout comme l'influence de la modification génétique sur les qualités agronomiques des plantes en plein champ.
Sources: Alexander A. T. Johnson et al. 2011, "Constitutive Overexpression of the OsNAS Gene Family Reveals Single-Gene Strategies for Effective Iron- and Zinc-Biofortification of Rice Endosperm", PLoS ONE 6(9): e24476. doi:10.1371/journal.pone.0024476; "High iron and zinc rice gives hope to micronutrient deficient billions", ACPFG media release, 8. 9. 2011; "From Root to Rice Grain: Iron Climbs to the Top", HarvestPlus.org media release, 9. 9. 2011

Cour de justice européenne : Le miel et l'interdiction de culture
L'emploi du génie génétique en agriculture fait l'objet de nombreux débats en Europe. Les tribunaux se penchent également sur ce sujet. Deux nouvelles décisions de la Cour de justice européenne, datant de septembre 2011, font parler d'elles. Les juges ont classifié le pollen comme ingrédient du miel; étant donné que le pollen OGM n'est pas autorisé comme aliment dans l'UE, on ne tolère plus aucune trace de pollen OGM dans le miel. En outre, on a constaté que les autorités françaises ne se sont pas tenues aux règles de procédure pour l'interdiction actuelle de la culture de maïs Bt.

Traces de pollen OGM dans le miel

Un apiculteur amateur avait porté plainte devant un tribunal allemand pour avoir trouvé dans son miel des traces minimales de MON810, une variété de maïs Bt autorisée en Allemagne comme aliment pour humains et animaux. Sans attendre la conclusion de la procédure, l'apiculteur s'est débarrassé de son miel lors une action dramatique dans une usine d'incinération de déchets spéciaux. Le cas a été remis à la Cour de justice de l'Union européenne, car il y avait confusion sur plusieurs questions essentielles - par exemple si le pollen, naturellement présent dans le miel et sans capacité de reproduction, doit être considéré juridiquement comme organisme.
Les juges ont décidé que le pollen dans le miel ne serait pas considéré comme organisme, mais qu'il serait désormais un ingrédient du miel. Cela contrairement à l'avis public qui considère les traces de pollen comme partie intégrante du miel. Dans l'UE, des règles d'autorisation et d'étiquetage sont en vigueur pour les ingrédients à base d'OGM - les OGM non autorisés ne sont pas tolérés. Mais où est le problème pour cette variété qui est autorisée dans l'UE depuis 1998 pour la culture et comme aliment pour humains et animaux? La réponse est simple: Le maïs MON810 avait été autorisé sous forme de produit transformé comme la farine, la semoule, de l'amidon ou l'huile. Le pollen n'avait pas été évoqué - c'est pourquoi, d'après la logique juridique, il n'est pas toléré. Par conséquent, tout produit contenant des traces minimales de pollen de MON810 est interdit pour le commerce dans l'UE. Cela malgré le fait qu'il n'y a jamais eu d'effets négatifs pour la santé. Une demande pour une nouvelle autorisation du MON810, tenant compte du pollen, a été déposée en 2007. Celle-ci a été accordée en 2009 par l'Autorité européenne de sécurité alimentaire EFSA, mais elle n'a pas été traitée depuis.
Plusieurs nouvelles sortes dérivées du MON810, y compris leur pollen, sont autorisées dans l'UE selon le nouveau processus d'autorisation. La décision des juges n'a donc rien à voir avec la protection des consommateurs - elle montre uniquement qu'il existe une lacune juridique.
Les conséquences de cet arrêt ne sont pas prévisibles. Les organisations anti-OGM ont immédiatement célébré ce «coup de grâce» pour les OGM dans l'agriculture européenne, car ils supposaient que la culture de plantes transgéniques ne serait plus possible en raison d'actions en dommage-intérêts de la part des apiculteurs. Mais ils semblent avoir oublié que la tolérance zéro n'est pas valable pour de nombreuses plantes cultivées actuellement ou autorisées dans le futur, le pollen inclus. Pour ces plantes, les règles habituelles d'application et d'étiquetage OGM sont valables. En pratique, cet arrêt n'aura vraisemblablement pas d'effets sur la culture commerciale d'OGM dans l'UE. Il est fort probable que le nouveau processus d'autorisation du MON810 (qui inclura le pollen dans les aliments) sera terminé un jour ou l'autre, et que ce cas particulier sera insignifiant. Cependant, les essais en plein champ de plantes transgéniques qui ne possèdent pas encore d'autorisation en tant qu'aliment soulèvent des questions - dans ce cas, la tolérance zéro pour toute trace de pollen pourrait en effet poser des problèmes pour la recherche. En outre, l'importation de miel venant de pays non-européens exigerait des contrôles approfondis si le pays d'origine cultive des OGM non encore autorisées dans l'UE.
Toutefois, cet arrêt pourrait être considéré comme une victoire à la Pyrrhus pour les apiculteurs européens: étant donné que le pollen doit désormais être défini comme ingrédient, la liste contiendra éventuellement aussi des informations sur le pollen de plantes toxiques ou provoquant des allergies. Cela pourrait exiger des analyses coûteuses de pollen - la mise en ~uvre de cet arrêt est traitée actuellement dans les pays membres de l'UE.

Légitimité d'interdictions de cultures OGM par des nations individuelles: seulement en cas de «risques sérieux»

Dans un deuxième arrêt, la Cour de justice européenne a évalué le fondement juridique sur lequel repose la suspension prononcée par la France en 2008 pour le MON810, une variété pourtant autorisée dans l'UE. La France a fait valoir la clause de sauvegarde, permettant d'interdire les OGM si de nouvelles connaissances laissent envisager des dangers pour la santé ou l'environnement. En automne 2008, déjà, l'Autorité européenne de sécurité des aliments EFSA avait déclaré que les arguments scientifiques n'étaient ni nouveaux, ni valables. Cependant, la France a continué à interdire la culture.
Les juges de la Cour européenne de justice ont constaté que la France n'avait pas respecté les procédures valables dans l'UE. Si un OGM autorisé représentait un réel danger, tous les états membres seraient concernés. D'après les procédures, une telle information devrait être transmise immédiatement à la Commission Européenne. Cette dernière évalue le cas et peut prendre des mesures concernant tous les pays membres, si nécessaire. Si la Commission ne prenait pas de mesures, les états membres auraient le droit de prononcer une interdiction au niveau national. La France n'a pas respecté cette procédure, car elle a informé la Commission ultérieurement. En outre, elle ne s'est pas basée sur la directive correcte - la suspension de la culture du MON810 n'est donc pas légale. Les tribunaux nationaux doivent maintenant décider comment procéder. La Cour de justice européenne est exigeante en ce qui concerne les arguments pour instaurer une clause de sauvegarde : « En vue de l'adoption de mesures d'urgence, le règlement impose aux États membres d'établir, outre l'urgence, l'existence d'une situation susceptible de présenter un risque important mettant en péril de façon manifeste la santé humaine, la santé animale ou l'environnement». Les interdictions d'OGM dans les autres Etats membres comme l'Allemagne ou l'Autriche seront traités de la même manière.
Nous avons aujourd'hui des années de pratique en matière de cultures de plantes transgéniques, les OGM poussent sur plus de 10% des champs dans le monde et des milliers de travaux scientifiques sur la biosécurité ont été effectués - mais un réel danger venant des OGM n'a pas été trouvé jusqu'à présent.
Sources Arrêt de la Cour (grande chambre) du 6 septembre 2011 : Karl Heinz Bablok et autres contre Freistaat Bayern - Affaire C-442/09. (Produits apicoles - Présence de pollens de plantes génétiquement modifiées); Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 8 septembre 2011 : Monsanto SAS et autres contre Ministre de l'Agriculture et de la Pêche - Affaires jointes C-58/10 à C-68/10. (Suspension provisoire d'une autorisation - Clause de sauvegarde).

Protéines Bt : Pas d'accumulation dans le sol même après neuf ans de culture de maïs Bt
Le maïs Bt produit une substance protéique qui permet à la plante de se protéger contre les insectes ravageurs. Une partie infime de ces protéines peut pénétrer dans le sol par des bouts de plantes tombant par terre, des résidus de culture ou la sécrétion des racines. Qu'en est-il de ces protéines? Serait-ce possible qu'elles survivent longtemps dans le sol ou qu'elles s'accumulent au fil des années? Pour répondre à ces questions, les chercheurs de la Bayrische Landesanstalt für Landwirtschaft (LfL) et de l'Université technique de Munich, sous la direction du Dr. Martin Müller, ont analysé des champs sur lesquels ils avaient cultivé du maïs MON810 sans interruption pendant neuf ans.
A l'aide d'une méthode de dépistage ultra-sensible, les chercheurs ont analysé des échantillons du sol provenant de différentes profondeurs et prélevées au printemps et en automne de la septième et huitième année de culture, ainsi qu'au printemps de l'année suivante. Dans un cas particulier, les chercheurs ont détecté d'infimes traces de protéine Bt dans le sol; cela dans un champ sur quatre, six semaines après la récolte, lors de l'avant-dernière année des essais. Dans tous les autres champs et pendant les autres années de culture, y compris la période après les essais, les chercheurs n'ont pas trouvé de traces de protéines Bt dans le sol. Les scientifiques en concluent que même dans un cas extrême, lorsqu'on cultive pendant neuf ans sur le même emplacement du maïs transgénique, les protéines Bt qui pénètrent dans le sol sont rapidement décomposées et ne s'accumulent pas.
Sources: Helga Gruber et al. 2011, "Determination of insecticidal Cry1Ab protein in soil collected in the final growing seasons of a nine-year field trial of Bt-maize MON810", Transgenic Research online, DOI: 10.1007/s11248-011-9509-7; "Forschung Mais: Verbleib oder Abbau von Bt-Protein im landwirtschaftlichen Kreislauf?", www.biosicherheit.de, 23.8.2011

PNR 59 : Fin des projets scientifiques; les consommateurs suisses achèteraient des aliments OGM s'ils en avaient le choi
Le dernier des 29 projets effectués dans le cadre du Programme National de recherche PNR 59 a été conclu fin septembre 2011. Un grand nombre de données se trouvent actuellement dans les mains des chercheurs, certaines restent à évaluer. La plupart des directeurs de projets ont déjà soumis leur rapport final aux responsables du programme. L'objectif est de composer une synthèse du programme qui sera publiée sous forme de livre, afin de présenter les résultats de manière claire aux spécialistes, aux politiques et au grand public.
Les résultats de certains projets sont publiés maintenant déjà dans des revues spécialisées - le nombre de publications augmente chaque mois (nous l'avons mentionné dans POINT à plusieurs reprises). A l'heure actuelle, il est possible d'avoir accès aux résultats des essais. Des exemples récents sont deux publications de Philipp Aerni du World Trade Institute de l'Université de Berne au sujet du comportement des consommateurs suisses face aux aliments OGM. D'après des sondages, les consommateurs seraient sceptiques face aux OGM, mais on sait aussi que le comportement d'achat ne reflète pas toujours les résultats des sondages.
Etant donné qu'on ne trouve pas de produits OGM dans le commerce, malgré l'autorisation de certains aliments, les chercheurs ont effectué dans différentes villes de Suisse des essais de vente, afin de tester la réaction des consommateurs. Sur des étals de Zurich, Berne, Bienne et Lausanne, les scientifiques ont vendu du pain de maïs conventionnel, de maïs bio ou de maïs OGM (à base de maïs Bt11 importé d'Espagne et autorisé en Suisse comme aliment). L'origine des pains a été clairement déclarée et les consommateurs avaient le choix entre différentes sortes. Les chercheurs ont varié les prix, afin d'analyser l'influence de ces derniers sur le comportement d'achat. Ainsi, le pain OGM était parfois plus cher que le pain conventionnel, parfois moins cher.
Au total, 4950 pains ont été vendus à 3275 clients. 20% des pains vendus étaient à base de maïs OGM, 31% à base de maïs conventionnel et 49% à base de maïs bio. En raison du grand nombre de clients ayant acheté plus d'un pain ainsi que différentes sortes dans de nombreux cas, la part des consommateurs ayant choisi au moins un pain OGM représente 23%. Lorsque le pain OGM a été vendu un tiers moins cher que les autres sortes, la part des acheteurs a atteint 27%. Quand les scientifiques ont vendu toutes les sortes de pain au même prix, 20% des consommateurs ont pris le pain OGM. Les Suisses sont donc prêts à acheter des aliments OGM clairement déclarés en tant de tels. La plupart des clients ont réagi de manière positive ou neutre à cette offre. Des réactions particulièrement négatives à la vente d'aliments OGM ont été rares (2%).
La comparaison de la vente de trois sortes de pain avec la vente de deux sortes (maïs conventionnel et bio) était également intéressante. On pourrait supposer que la vente de pain OGM suffise pour faire fuir les consommateurs. Pourtant, les ventes des étals proposant les trois sortes de pain ont dépassé de 47% les ventes de celles proposant deux sortes seulement. Un assortiment plus large a stimulé la consommation. Dans cette situation, l'offre de pain OGM n'a pas eu d'effets négatifs sur la totalité des ventes - au contraire, les clients ont même consommé plus de pain. Les consommateurs suisses semblent apprécier la transparence et le libre choix. En outre, les scientifiques ont analysé l'influence d'autres facteurs comme le sexe, l'appartenance politique et le lieu de vente sur l'achat de produits OGM - un coup d'~il sur l'article original en vaut la peine!
Sources: Philipp Aerni et al. 2011, "How would Swiss consumers decide if they had freedom of choice? Evidence from a field study with organic, conventional and GM corn bread". Food Policy (in press), doi:10.1016/j.foodpol.2011.08.002; Philipp Aerni 2011, "Do Political Attitudes Affect Consumer Choice? Evidence from a Large-Scale Field Study with Genetically Modified Bread in Switzerland", Sustainability 3:1555-1572

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