News InterNutrition Marché et produits Conséquences technologiques Situation juridique Documentation
Agriculture Denrées alimentaires Marché

home New! D
Bestellung Newsletter

Bestellung/Commande Marker/Marquer

Matières premières et qualité des denrées alimentaires
Produits OGM:
OGM en Suisse
Enzymes et substances auxiliaires
Enzymes à tout faire
Recherche et Développement:
Ralentissement du processus de maturation
Amélioration des qualités gustatives
Elimination de propriétés indésirables
Plus de provitamines A dans le riz

2002-07-03 00:00:00
©2012 InterNutrition
info@internutrition.ch

InterNutrition
Case postale
8021 Zurich

Sécurité alimentaire: la petite différence

Beda M. Stadler, Université de Bernen


Le débat sur le «Genfood» (nourriture génétiquement modifiée) a aussi certains avantages. En effet, les aliments génétiquement modifiés sont contrôlés de manière plus sévère et ils doivent être indiqués de façon explicite dans presque tous les pays. Ainsi les personnes atteintes d'allergies, par exemple, peuvent en profiter. En Europe, contrairement aux Etats-Unis, elles ne peuvent pas compter sur une indication des allergènes dans la nourriture conventionnelle. Il est cependant intéressant de se demander si nos aliments traditionnels, voire même ceux qui portent le label "Bio", ne devraient pas également être considérés d'une manière aussi critique que les produits modifiés génétiquement.

Ironie du sort: lors du dernier congrès suisse des végétariens, en juillet 1999, un succulent buffet, contenant entre autre une mousse de haricots crus et d'huile d'olive, a été proposé aux délégués. Ces personnes, qui sont censées manger de manière très consciencieuse et qui réfléchissent sans doute beaucoup à la sécurité alimentaire, ont beaucoup apprécié ce mets original. Cependant, à la fin du repas, certains d'entre eux se sont senti mal au point de vomir, alors que d'autres ont dû être transportés à l'hôpital.

Le fait que les haricots crus, de même que les pommes de terre et bien d'autres aliments de base non cuits, contiennent des toxines, est aujourd'hui oublié par les profanes et aussi, semble-t-il, par le cuisinier du congrès des végétariens. Il n'est donc guère étonnant que des modifications génétiques d'aliments provoquent un sentiment de méfiance, puisque nous considérons "traditionnel" comme équivalent à "sans danger". L'industrie alimentaire devrait se réjouir du fait que les consommateurs portent de nouveau une attention plus souterne à la fabrication et à la composition des aliments. En fait, la dénomination OGM pourrait être considérée comme un label de qualité, puisque, lorsqu'il s'agit de l'origine de la nourriture, le consommateur aimerait savoir quels produits contaminants, à l'état de traces, pourraient encore être trouvés dans les aliments. C'est pour cette dernière raison que beaucoup de consommateurs préfèrent les produits bio, car ils représentent un moyen d'échapper aux pesticides et herbicides synthétiques. Mais, qu'arrivera-t-il le jour où le consommateur réalisera que l'agriculteur bio doit également lutter contre les insectes nuisibles et les mauvaises herbes ? Et, que se passera-t-il quand il se demandera quels sont les produits employés dans l'agriculture bio et si ces produits sont contrôlés de manière aussi stricte que les plantes transgéniques ?

Concernant les pesticides biologiques utilisés par l'agriculture bio, on est en droit de se demander s'il n'y a pas deux poids et deux mesures. Françoise Ramis et ses collègues du centre Lebouché (Centre de recherche de l'armée française) ont en effet découvert que des souris, qui ont inhalé 108 spores de la bactérie Bacillus thuringiensis de la souche H34, meurent en l'espace de huit heures, suite à de fortes hémorragies internes et d'importantes lésions des tissus. Les spores de Bacillus thuringiensis constituent un pesticide biologique dit "inoffensif" dont l'usage est autorisé dans l'agriculture bio chez nous, et ce, depuis plus de 30 ans. On pourrait pourtant supposer que ce pesticide biologique ne peut pas être nuisible, puisqu'il est "naturel". Après tout, le Bacillus thuringiensis est trouvé dans un échantillon sur deux prélevé dans le sol suisse. Alors pourquoi s'inquiéter ? Le fait est que chez ce genre de produits, portant la marque de l'agriculture bio, personne n'y a vraiment regardé de très près. Nous réclamons des contrôles stricts que pour les aliments génétiquement modifiés, mais pas pour les aliments "naturels".

La colère des agriculteurs bio à l'encontre du maïs Bt, de Novartis et d'autres entreprises, est justifiée par le fait que ces derniers ne veulent pas d'une plante qui possède intrinsèquement le même principe de défense que celui qu'ils utilisent pour traiter leurs champs. Ils craignent qu'un de leurs meilleurs outils puisse devenir caduc, car des résistances pourraient éventuellement se former. Mais peut-être faudrait-il maintenant leur interdire cet outil, étant donné que le maïs Bt ne contient pas les toxines qui ont tué les souris! A noter que ce n'est pas la toxine Bt qui a affecté les souris, mais d'autres toxines supplémentaires produites par Bacillus thuringiensis. L'intérêt du centre de recherche de l'armée française pour ce microorganisme provient uniquement du fait que la souche H34 a détruit des tissus dans les blessures d'un soldat français en Bosnie. Les chercheurs de ce centre sont aujourd'hui d'avis que l'on devrait plus souvent rechercher la souche H34 lors de maladies infectieuses dans lesquelles on détecte ces bacilles, souvent attribués par erreur à une contamination de laboratoire. Qui sait si on ne trouve pas en Europe des agriculteurs bio ayant utilisé ce pesticide sans porter de masque protecteur et qui souffrent de troubles respiratoires ? Mais il se pourrait bien que la solidarité avec cet agent biologique aille jusqu'au point d'accepter ce risque, voire même une détérioration de la santé. Les pertes pour l'agriculture bio seraient en effet immenses si les consommateurs venaient à apprendre que des produits aussi malsains se trouvent sur les légumes bio.

D'un autre côté, il est étonnant que d'inoffensives pommes de terre génétiquement modifiées puissent devenir du "Genfood» dangereux dans l'opinion publique. Je parle ici des expériences du Dr Pusztai qui ont amené le prince Charles et probablement même certains Ministres de l'Environnement de l'UE à craindre le "Genfood". De quoi s'agissait-il vraiment dans ces expériences ? L'information génétique nécessaire à la production de la lectine GNA, provenant du perce-neige, a été introduite dans la pomme de terre pour instaurer une protection contre les insectes. Cette lectine est toxique. Tout le monde le sait depuis longtemps, y compris le Dr Pusztai. La salade de perce-neige ne se trouve même pas au menu des végétariens les plus endurcis. Par contre, il faut savoir que cette lectine ne supporte pas la chaleur, ainsi, elle serait inoffensive dans les pommes de terre cuites. Ainsi donc, le Dr Pusztai a nourri ses rats avec de grandes quantités de pommes de terre transgéniques crues. De plus, pour rester scientifiquement correct, il a effectué une expérience contrôle dans laquelle il a nourri une seconde série de rats avec des pommes de terre crues normales (contenant déjà des toxines telle que la solanine et d'autres lectines), auxquelles il a ajouté la lectine GNA. A noter que de telles expériences auraient été illégales en Suisse, puisque l'issue était prévisible et qu'elles imposaient donc des souffrances inutiles aux animaux.

En fait, le Dr Pusztai n'a pas trouvé de différences statistiquement significatives entre les effets des pommes de terre transgéniques et les pommes de terre crues normales (toxiques). Il a tout au plus pu observer une légère tendance, vraisemblablement due au fait que les pommes de terre transgéniques crues contenaient un peu plus de lectine toxique que les contrôles. Selon ses propres affirmations, il s'est adressé aux médias dans le seul but d'obtenir plus de fonds pour ses recherches.

Les analyses des expériences du Dr Pusztai sont presque aussi ahurissantes que l'approche expérimentale elle-même. Le système immunitaire des animaux a été testé par l'ajout d'une lectine provenant du haricot (concanvine A ou phytohaemagglutine) à des cellules isolées afin de déterminer si celles-ci pouvaient encore se diviser. Ce genre d'expériences était utilisé occasionnellement, il y a bien longtemps, comme "contrôle de fonctionnement" du système immunitaire, lorsque le fonctionnement de ce dernier était encore mal compris. Les résultats de ces analyses n'étaient de nouveau pas significatifs. Bien sûr, les cellules des animaux, qui avaient ingéré la lectine toxique, étaient plus difficiles à stimuler par la "lectine-test" (qui est également toxique). Cependant aucune différence significative n'a été observée entre les animaux ayant mangé les pommes de terre transgéniques et les autres. Je suis sûr qu'aucun immunologiste n'aurait permis à ses étudiants d'effectuer une expérience aussi arriérée, et encore moins d'en tirer une quelconque conclusion, si ce n'est que les rats n'aiment pas les pommes de terre crues !

Pour résumer, d'un côté, on trouve une expérience sur les animaux qui aurait été illégale en Suisse, où les animaux testés ont subi un peu plus de dommages que les animaux-contrôles, et de l'autre côté, on a des souris qui sont mortes suite à une dose de spores proche de celle trouvée dans la réalité (les agriculteurs bio utilisent des doses allant jusqu'à 1011 spores par mètre carré). Avons-nous affaire à une vision de la réalité qui est déformée ? Pas vraiment. Pour les experts, il est clair que les "patates à lectine" sont inoffensives et que même le pesticide bio, s'il est utilisé avec les précautions d'usage, peut être considéré comme relativement inoffensif pour l'agriculteur.

L'étiquetage OGM a cependant un avantage supplémentaire qui n'a pratiquement pas été abordé jusqu'ici. En Europe surtout, où les personnes atteintes d'allergies ne trouvent souvent que des indications peu précises concernant les ingrédients des denrées alimentaires, l'étiquetage a comme effet secondaire inattendu qu'au moins la source du transgène est clairement indiquée. De plus, le consommateur sait ainsi que les protéines supplémentaires ajoutées au produit ont subi des contrôles très stricts avant leur autorisation. Ceci est à mettre en opposition avec d'autres denrées alimentaires nouvellement introduites dans notre écosystème, et dont on savait qu'elles contenaient des allergènes ! C'est notamment le cas du kiwi, connu depuis longtemps dans son pays d'origine comme étant responsable d'allergies. Ce fruit a été introduit sur notre marché sans le public que en soit informé. Il est vrai que les personnes allergiques au kiwi sont très peu nombreuses. Pourtant, il faut également admettre que certains produits génétiquement modifiés, tels que le soja transgénique, sont déjà sur le marché depuis des années et qu'ils n'ont pas entraîné l'apparition de nouvelles allergies, contrairement à ce qui avait été prédit.

Sécurité alimentaire: la petite différence
Notre ADN quotidien...


   top    info@internutrition.ch   ©2012 InterNutrition   Case postale   8021 Zurich   Tél: +41 44 368  1763