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2002-07-03 00:00:00
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Maïs indien: couleurs éclatantes, grâce aux gènes sauteurs

Le patrimoine génétique des végétaux, des animaux, des hommes et des bactéries est par nature instable et sujet à des variations. On sait depuis 50 ans déjà que de nombreuses plantes possèdent dans leur patrimoine génétique ce qu'on appelle des gènes sauteurs, qui changent spontanément de place dans le génotype d'une cellule, et peuvent ainsi provoquer des modifications génétiques. Ce phénomène est bien visible dans le maïs, où il arrive que des grains isolés de l'épi soient colorés: ceci est dû à l'action de ces gènes sauteurs, qui activent ou inactivent les gènes responsables de la synthèse de la coloration.

Dès octobre, les décorations d'épis de maïs de toutes les couleurs réapparaissent sur les rebords de fenêtres, dans les vitrines et sur les étals de marché. Côte à côte, s'alignent grains rouges et dorés, bleus et blancs laiteux, brillants et mats. Les plus fascinants sont encore les grains à motifs rayés ou mouchetés, disposés soit symétriquement dans le sens de la longueur, soit de manière aléatoire.

Le maïs:clé de la génétique végétale.
Dès le début du XXème siècle, les chercheurs ont été frappés par la grande diversité des motifs et des couleurs qu'un seul épi de maïs pouvait arborer. Mais comme ces dessins ne se transmettaient pas selon le schéma classique de l'hérédité, on en déduisit qu'ils étaient dus à des modifications du patrimoine génétique, connues sous le nom de mutations, se produisant pendant la période de croissance de la plante. Sans doute la variété des motifs était-elle proportionnelle à la fréquence de l'apparition de mutations dans le génotype du maïs. La spécialiste en génétique végétale Barbara McClintock découvrit vers 1950 que le taux élevé de mutations était déclenché par des éléments mobiles au sein de l'ADN. Lorsque l'un d'eux sautait dans le gène responsable de la couleur originelle foncée du grain, ce dernier se colorait de jaune à cet endroit précis. La couleur dorée de notre maïs habituel est donc le résultat de l'action de gènes sauteurs. Depuis lors, la présence de gènes sauteurs fut attestée dans toutes les plantes soumises à examen. Les motifs irréguliers de leurs fleurs ou de leurs feuilles ont conduit beaucoup d'entre elles sur les étalages des fleuristes comme plantes d'ornement. C'est ainsi que le maïs indien multicolore jouit ces dernières années d'une popularité grandissante comme objet de décoration.

Le patrimoine génétique n'est jamais stable : pourquoi ?
Nombre de facteurs peuvent provoquer des modifications du patrimoine génétique: le rayonnement (par UV ou par rayons X), des substances chimiques, des virus. Ces modifications peuvent apparaîtrespontanément :près de 80% de celles-ci sont dues à des gènes sauteurs.
On a trouvé des gènes sauteurs dans presque tous les organismes et de nombreuses observations prouvent qu'ils ont joué un rôle important dans le développement de l'évolution des espèces. Leur mobilité leur permet de combiner d'une nouvelle manière des gènes ou des fragments d'ADN plus importants au sein des chromosomes. L'activité des gènes sauteurs doit avoir été très forte durant certaines périodes de l'évolution des plantes. Cela a conduit à la formation de nouveaux gènes, mais bien souvent aussi à leur destruction. Leur action peut bouleverser l'ordre de parties entières du génotype. En bref, les gènes sauteurs jouent un grand rôle dans l'expression de la diversité génétique et, donc, aussi dans la diversité des espèces.
L'apparition occasionnelle de phénomènes imprévus, imputables à l'activité des gènes sauteurs est également connue des cultivateurs de semences. A la suite d'un gène inactivé, la plante peut par exemple modifier son type originel, ou se mettre à fabriquer des substances indésirables. Les éleveurs ne manquent pas de s'apercevoir de tels événements au cours des processus de sélection, qui s'étendent sur plusieurs années, et les plants touchés ne sont pas retenus. Jusqu'à présent, on ne connaît aucun problème de sécurité lié à l'action de gènes sauteurs.

En dépit des gènes sauteurs, le maïs reste du maïs.
La personne considérant l'aspect bigarré d'un champ de maïs indien serait bien étonnée d'apprendre que sa diversité n'est due qu'à l'action de gènes sauteurs.Malgré l'intense activité de ces gènes, et la réorganisation du génotype qui s'ensuit, il s'agit bel et bien de plants de maïs parfaitement normaux. Cela tient au fait que les gènes responsables des fonctions importantes d'une plante ne forment qu'une faible partie de son patrimoine génétique: on estime que l'ensemble des gènes du maïs n'accaparent qu'un pour-cent du total de son ADN. Mathématiquement, cela signifie que seul un gène sauteur sur cent est effectif. Parmi eux,seuls ceux dont l'impact sur la plante est clairement visible, p. ex. coloration des grains de maïs, attirent notre attention.

Nouvelles d'ailleurs...

Le 20 septembre, une cour d'assises britannique a déclaré que la destruction par Greenpeace de cultures expérimentales de maïs transgénique était justifiée et a acquitté le groupe contestataire.
Greenpeace a pu convaincre les jurés en soutenant que leur action de destruction de l'été 1999 visait à protéger des paysans biologiques des environs. Ces essais avaient pourtant été approuvés par les autorités et avaient pour but de garantir la compatibilité écologique des nouvelles variétés.
Au Royaume-Uni, de nombreux essais sur des exploitations agricoles sont prévus ces prochaines années ; ils devraient permettre d'étoffer les connaissances scientifiques quant à l'impact écologique des variétés transgéniques. Leurs résultats devraient servir de base à la décision finale quant à leur mise sur le marché. Il n'y a toutefois que peu d'agriculteurs prêts à se laisser tenter par l'expérience, notamment par crainte d'actes de destruction Pendant ce temps, Greenpeace se réjouit de la légitimation officielle de ses actions. L'organisation réclame maintenant que les frais de justice soient pris en charge par le tribunal. Ce qui veut dire que le contribuable anglais serait prié de passer à la caisse pour près d'un demi-million de francs.

Le rôle de la biotechnologie


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