 |  |  |
 |
Maïs indien: couleurs éclatantes, grâce aux gènes sauteurs
|  |
 |  |  |
Le patrimoine génétique des
végétaux, des animaux, des hommes et des
bactéries est par nature instable et sujet à des
variations. On sait depuis 50 ans déjà que de
nombreuses plantes possèdent dans leur patrimoine
génétique ce qu'on appelle des gènes sauteurs,
qui changent spontanément de place dans le génotype
d'une cellule, et peuvent ainsi provoquer des modifications
génétiques. Ce phénomène est bien
visible dans le maïs, où il arrive que des grains
isolés de l'épi soient colorés: ceci est
dû à l'action de ces gènes sauteurs, qui
activent ou inactivent les gènes responsables de la
synthèse de la coloration.
Dès octobre, les décorations
d'épis de maïs de toutes les couleurs
réapparaissent sur les rebords de fenêtres, dans les
vitrines et sur les étals de marché. Côte
à côte, s'alignent grains rouges et dorés,
bleus et blancs laiteux, brillants et mats. Les plus fascinants
sont encore les grains à motifs rayés ou
mouchetés, disposés soit symétriquement dans
le sens de la longueur, soit de manière
aléatoire.
Le maïs:clé de la génétique végétale.
Dès le début du XXème siècle, les
chercheurs ont été frappés par la grande
diversité des motifs et des couleurs qu'un seul épi
de maïs pouvait arborer. Mais comme ces dessins ne se
transmettaient pas selon le schéma classique de
l'hérédité, on en déduisit qu'ils
étaient dus à des modifications du patrimoine
génétique, connues sous le nom de mutations, se
produisant pendant la période de croissance de la plante.
Sans doute la variété des motifs était-elle
proportionnelle à la fréquence de l'apparition de
mutations dans le génotype du maïs. La
spécialiste en génétique
végétale Barbara McClintock découvrit vers
1950 que le taux élevé de mutations était
déclenché par des éléments mobiles au
sein de l'ADN. Lorsque l'un d'eux sautait dans le gène
responsable de la couleur originelle foncée du grain, ce
dernier se colorait de jaune à cet endroit précis. La
couleur dorée de notre maïs habituel est donc le
résultat de l'action de gènes sauteurs. Depuis lors,
la présence de gènes sauteurs fut attestée
dans toutes les plantes soumises à examen. Les motifs
irréguliers de leurs fleurs ou de leurs feuilles ont conduit
beaucoup d'entre elles sur les étalages des fleuristes comme
plantes d'ornement. C'est ainsi que le maïs indien multicolore
jouit ces dernières années d'une popularité
grandissante comme objet de décoration.
Le patrimoine génétique n'est jamais stable : pourquoi ?
Nombre de facteurs peuvent provoquer des modifications du
patrimoine génétique: le rayonnement (par UV ou par
rayons X), des substances chimiques, des virus. Ces modifications
peuvent apparaîtrespontanément :près de
80% de celles-ci sont dues à des gènes sauteurs.
On a trouvé des gènes sauteurs dans presque tous les
organismes et de nombreuses observations prouvent qu'ils ont
joué un rôle important dans le développement de
l'évolution des espèces. Leur mobilité leur
permet de combiner d'une nouvelle manière des gènes
ou des fragments d'ADN plus importants au sein des chromosomes.
L'activité des gènes sauteurs doit avoir
été très forte durant certaines
périodes de l'évolution des plantes. Cela a conduit
à la formation de nouveaux gènes, mais bien souvent
aussi à leur destruction. Leur action peut bouleverser
l'ordre de parties entières du génotype. En bref, les
gènes sauteurs jouent un grand rôle dans l'expression
de la diversité génétique et, donc, aussi dans
la diversité des espèces.
L'apparition occasionnelle de phénomènes
imprévus, imputables à l'activité des
gènes sauteurs est également connue des cultivateurs
de semences. A la suite d'un gène inactivé, la plante
peut par exemple modifier son type originel, ou se mettre à
fabriquer des substances indésirables. Les éleveurs
ne manquent pas de s'apercevoir de tels événements au
cours des processus de sélection, qui s'étendent sur
plusieurs années, et les plants touchés ne sont pas
retenus. Jusqu'à présent, on ne connaît aucun
problème de sécurité lié à
l'action de gènes sauteurs.
En dépit des gènes sauteurs, le maïs reste du maïs.
La personne considérant l'aspect bigarré d'un champ
de maïs indien serait bien étonnée d'apprendre
que sa diversité n'est due qu'à l'action de
gènes sauteurs.Malgré l'intense activité de
ces gènes, et la réorganisation du génotype
qui s'ensuit, il s'agit bel et bien de plants de maïs
parfaitement normaux. Cela tient au fait que les gènes
responsables des fonctions importantes d'une plante ne forment
qu'une faible partie de son patrimoine génétique: on
estime que l'ensemble des gènes du maïs n'accaparent
qu'un pour-cent du total de son ADN. Mathématiquement, cela
signifie que seul un gène sauteur sur cent est effectif.
Parmi eux,seuls ceux dont l'impact sur la plante est clairement
visible, p. ex. coloration des grains de maïs, attirent notre
attention.
Nouvelles d'ailleurs...
Le 20 septembre, une cour d'assises
britannique a déclaré que la destruction par
Greenpeace de cultures expérimentales de maïs
transgénique était justifiée et a
acquitté le groupe contestataire.
Greenpeace a pu convaincre les jurés en soutenant que leur
action de destruction de l'été 1999 visait à
protéger des paysans biologiques des environs. Ces essais
avaient pourtant été approuvés par les
autorités et avaient pour but de garantir la
compatibilité écologique des nouvelles
variétés.
Au Royaume-Uni, de nombreux essais sur des exploitations agricoles
sont prévus ces prochaines années ; ils devraient
permettre d'étoffer les connaissances scientifiques quant
à l'impact écologique des variétés
transgéniques. Leurs résultats devraient servir de
base à la décision finale quant à leur mise
sur le marché. Il n'y a toutefois que peu d'agriculteurs
prêts à se laisser tenter par l'expérience,
notamment par crainte d'actes de destruction Pendant ce temps,
Greenpeace se réjouit de la légitimation officielle
de ses actions. L'organisation réclame maintenant que les
frais de justice soient pris en charge par le tribunal. Ce qui veut
dire que le contribuable anglais serait prié de passer
à la caisse pour près d'un demi-million de
francs.